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L'Islande a voté pour ou contre une adhésion de l'île à l'Union Européenne et elle a dit Non.

Les Islandais ont rejeté à près de 53% la reprise immédiate des négociations d’adhésion à l’Union européenne.

Cette décision concerne un pays de 400 000 habitants. Surtout l'Islande fait déjà partie de l’Espace économique européen et est membre de l’espace Schengen. Les Islandais ont donc déjà un pied dans l’Europe, sans en être membres.

Sociologiquement la campagne, le monde rural a voté Non, alors que la capitale, Reykjavik, a voté Oui. 

Alors pour quelles raisons les Islandais ont dit stop ?

La ressource principale de l'économie islandaise est la pêche. Or la crainte que l’Islande perde sa souveraineté dans ce domaine, alors que la pêche représente 40% de ses exportations a été décisive. D'autant que du fait du réchauffement climatique, beaucoup des espèces qui sont recherchées par les pêcheurs sont en train de migrer du sud vers le nord. L'avenir de la pêche islandaise se présente donc plutôt bien. Connaissant la politique européenne concernant la pêche il est probable que les Islandais aient pensé qu'ils n'avaient rien à gagner à adhérer pleinement à l'UE. Car adhérer à l'Union aurait impliqué d’ouvrir ses eaux à tous les États membres. De quoi rendre prudent.

Il reste que l'UE n’a pas été attractive pour l’Islande. Le pays bénéficie d’un bon niveau de vie, et il est surtout situé dans une région appelée à devenir stratégique dans les années à venir : celle du Grand Nord, que les Etasuniens, les Russes, les Chinois et les Européens regardent avec concupiscence.

La Chine a signé un accord de libre-échange avec l’Islande en 2013. Récemment, l’ambassadeur étasunien en Islande a suggéré que le pays pourrait devenir le 52ᵉ État des États-Unis. Donald Trump qui menace d'annexer le Groenland pourrait très bien jeter son dévolu sur l'Islande. Or même cela n'a pas été suffisant pour convaincre les Islandais qu'ils seraient à l'abris des toquades de la Maison Blanche au sein de l'UE. On peut les comprendre quand on connait la servilité de l'UE à l'égard des Etats-Unis.

L’Islande s’est positionnée comme un acteur diplomatique central dans la question de la fonte des glaces et de l’Arctique. Elle a mené des coopérations avec des pays comme l’Inde, pourtant bien éloignée de l’Arctique, et a contribué à l’organisation du premier Sommet polaire à Paris en novembre 2023.

Du point de vue géostratégique la victoire du Oui aurait pu ouvrir l’Arctique à l’UE. Raté.

Politiquement c'est la droite qui s'était investie pour le Non et les Sociaux-Démocrates au pouvoir plutôt pour le Oui mais prudemment. La Première ministre social-démocrate a surtout tenté de ne pas voir son sort lié au résultat du référendum. Un des partis de la coalition gouvernementale, le Parti du peuple (13% aux dernières législatives), a appelé à voter Non...Il faut dire que ce parti se veut social mais aussi anti-immigrés...

Il faut dire qu'hormis l'Alliance social-démocrate (centre-gauche, 20% aux dernières législatives) le reste de l'échiquier politique est de droite. Il n'y a aucun part de gauche de gauche  en Islande.

L'Islande, disaient les partisans du Non, pourrait se transformer en un village de pêche sans quotas, où des entreprises étrangères pourraient investir dans le secteur islandais de la pêche, très prisé et extrêmement lucratif, plaçant les droits de pêche et les bénéfices entre les mains d'acteurs extérieurs.

Comme pour le Brexit le réflexe nationaliste et identitaire a été plus fort et ce sont les nationalistes de droite et d'extrême-droite qui ont capté la colère sociale exprimée par ce vote en Grande-Bretagne.

Sans négliger par ailleurs l'image de plus en plus déplorable d'une UE engluée dans la guerre en Ukraine et en proie à toutes sortes de crises et vue aussi comme une puissance dominatrice pour un petit pays de 400.000 habitants.

En tous les cas les12.000 voix de différence en faveur du Non jettent le trouble à Bruxelles. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, n'a même pas pris la parole pour commenter ce fiasco, tout symbolique qu'il fut.

 

 

AM

 

 

 

 

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