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Le président cubain Miguel Díaz-Canel
Interpelé par un de nos lecteurs sur ce que nous avons écrit sur Cuba nous souhaitons faire une clarification
Nous considérons qu'il faut avoir une approche dialectique. Ainsi dire que Cuba constitue un exemple, une référence et un espoir pour une grande partie de la gauche latino-américaine et même au-delà de l’Amérique latine. La révolution cubaine, ses conquêtes et sa capacité de résistance aux terribles coups que n'a jamais cessé de lui porter et lui porte aujourd'hui encore l'impérialisme yankee mérite la solidarité des progressistes et des révolutionnaires du monde.
D'autant que si l'histoire de Cuba a ses parts d'ombres, si ses dirigeants ont commis des erreurs politiques, parfois aux conséquences graves pour les autres et pour eux-mêmes, il reste que la combattivité et la détermination de Cuba, son rayonnement et son action internationales sont incontournables. Pensons à son rôle authentiquement internationaliste en Afrique.
La Tricontinentale aussi demeure un moment fort de la lutte des peuples de ce que l'on appelle aujourd'hui le Sud global. Et l'originalité, les particularités du socialisme cubain lui ont attiré la sympathie partout dans le monde.
Cela étant ne peut-on pas dire en même temps que:
- si Cuba est depuis des décennies sous la menace d’une intervention directe des États-Unis, si Cuba subit les terribles effets du blocus de Washington depuis 1962, si Cuba affronte les ingérences des États-Unis dans ses affaires intérieures,
- on ne peut pas fermer les yeux devant les difficultées auxquelles l'île se heurte en partie du fait de ce qui précède mais aussi en partie du fait des propres erreurs et fautes politiques du PCC.
L'état de son économie, le niveau de vie de son peuple, les marges de progrès démocratiques qui lui reste à accomplir sont aussi une réalité. Et les réponses que donnent les gouvernements de Cuba à cette situation ont des aspects positifs et d'autres qui interrogent. Non pas que les dirigeants cubains veulent la restauration du capitalisme.
Contrairement aux dogmatiques, il ne faut pas confondre la possibilité qu’il y a dans le cadre du système cubain actuel d’accumuler un enrichissement (relatif) dans des activités privées avec le retour du capitalisme. De même que certains ont confondu le Printemps de Prague animé par le Parti communiste tchécoslovaque avec la contre-révolution.
Cela dit on ne peut pas non plus exclure, et se taire, sur la possibilité que certains y compris au sein du Parti communiste cubain considèrent que finalement, il n’y a que la voie de la restauration du capitalisme, le modèle vietnamien ou chinois, qui permettrait une croissance économique. Les bêlements d'un gauche qui se dit "marxiste-léniniste", orpheline de son campisme soviétique et qui se refugie dans l'adoration de la Chine capitaliste, nous montre que tout est possible...
Les rapprochements tactiques sont utiles, tenir compte des rapports des forces est vital. Et un pays comme Cuba doit à la fois résister à la volonté de domination et la subversion exercées par l’impérialisme des États-Unis et résister à la dépendance économique qu’a générée la Chine dans les accords qu’elle passe avec le Sud.
Tous les traités promus par la Chine capitaliste renforcent la subordination et la dépendance économiques. Le géant asiatique a consolidé son statut d’économie créancière, profitant de l’échange inégal, captant les excédents et s’appropriant les revenus. Les accords actuels aggravent la primarisation et la fuite de la plus-value. L’expansion extérieure de la nouvelle puissance est guidée par des principes de maximisation des profits et non par des normes de coopération. Pékin n’est pas un simple partenaire et ne fait pas partie du Sud.
Cuba est donc dans une situation pour le moins délicate si elle veut d'une part éviter le retour du capitalisme et d'autre part parvenir à améliorer les conditions de vie des Cubaines et des Cubains.
Un défi historique qui exige de nous, la gauche ici, face à la politique agressive de la direction trumpiste de l’impérialisme étasunien, de défendre les conquêtes de la révolution cubaine, la souveraineté du peuple cubain. Cela n'implique aucune inconditionnalité, aucun aveuglement, comme le disait le poète "Dans ma bouche à jamais la soif de vérité."
Antoine Manessis
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