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                                              Joseph Ponthus

 

"On entend qu'il n'y a plus de classe ouvrière. C'est plutôt qu'il n'y a plus de conscience de classe ouvrière. Le capitalisme a triomphé. Il a segmenté les hommes et le constat s'applique jusqu'à l'intitulé de leur poste. On ne dit plus ouvrier, mais opérateur de production; on ne dit plus chaîne, mais ligne… Cette euphémisation des termes dit quelque chose."

 

Joseph Ponthus fait des études supérieures. Il travaille à la mairie de Nanterre comme éducateur spécialisé, suit et aide des jeunes en difficulté. Un mariage le conduit en Bretagne où ne trouvant pas de travail dans la continuité de son activité  il s’inscrit dans une agence d’intérim. Cette société lui propose des postes successifs comme ouvrier. Tout d’abord dans une conserverie de poissons, où il passe de la ligne des poissons frais, à celle des poissons panés, puis à l’égouttage des tofus et enfin à la cuisson des bulots. L’emploi suivant est dans un abattoir.

Pendant deux ans, Joseph Ponthus consigne le soir ses impressions et ressentis ainsi que les réflexions de ses collègues. De là naît un livre qui est publié en janvier 2019 sous le titre A la ligne- feuillets d'usine (Table ronde). Il est accueilli très favorablement par la critique et cumule les prix. Il dit à un journaliste de Libé: "J’ai envoyé un exemplaire à la direction de l’abattoir : quinze jours plus tard, j’ai appris que ma mission n’était pas renouvelée." 

Joseph Ponthus est mort d'un cancer, hier, 23 février, à 42 ans.

Cette mort le prive de sa vie, de la suite de son aventure et nous d'autres œuvres qui ne verront pas le jour. Lui qui écrivait sur ceux dont on ne parle plus ou si peu : les ouvriers. Il dit "Je voulais faire de l'usine un objet littéraire. On entend peu parler des ouvriers. Hormis pour dire qu'ils sont illettrés ou quand ils galèrent, qu'ils n'ont qu'à traverser la rue pour trouver du travail et s'acheter un costume."

Il raconte dans son livre le quotidien d'un ouvrier d'aujourd'hui.

Comment le capitalisme organise le travail pour atomiser la classe "Une usine de 10 hectares, avec environ 2000 employés. Se rendre compte à la fin qu'on ne connaît que 20 personnes. On ne dit plus "Nous, l'usine de poisson". Chacun se définit par rapport à son poste. Le chargement, le dépotage…et les horaires de pause sont forcément en décalé sur une ligne de production. Personne ne part au même moment. Du coup, tu croises tes collègues, plus que tu ne les fréquentes. Et puis, il y a le bruit, la fatigue… Chacun se concentre sur son café et sur sa clope."

"Je me suis pris une baffe en arrivant à l’usine. Tu as beau avoir lu Marx, mais, la première fois que tu rentres dans la machine, tu te prends le capital dans la gueule. Ce lieu est d’une telle violence symbolique qu’il donne l’impression d’être encore au XIXe siècle. À l’abattoir, les syndicats se battent pour des pauses pipi à discrétion" raconte-t-il dans l'Humanité.

Il y a ce responsable, à qui Joseph Ponthus demande s'il sera reprolongé. Réponse "Si tu es gentil…"  Ce qui lui évoque la guerre parallèle: "L'intérimaire la mène contre lui-même: s'il flanche, il perd son boulot."

Une fois, des collègues de boulot lui ont demandé s'il avait trouvé un "vrai boulot". Soit, un truc dans sa branche, qui le sortirait de là. "Je leur ai répondu que ce sont eux qui font un vrai boulot."

Oui un chant d'amour à la classe ouvrière. Sans faux-semblants. Sans illusions héroïques. Du vrai, du dur.

Adieu camarade.

 

Antoine Manessis.

 

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