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Le terme de gauche, issu de la Révolution, a connu des hauts et des bas. Mais il n'a jamais disparu du vocabulaire politique même si le fascisme s'est dit "ni de gauche, ni de droite", peut-être inconsciemment honteux, ni du fait que Macron se dit "et de gauche et de droite". Comme quoi le refus de ce clivage n'a pas que d'honnêtes supporters.  Cependant nombre de progressistes, de marxistes, de citoyens, qui aspirent à un changement démocratique rejettent l'utilisation du terme de "gauche".

Pourquoi? La réponse nous semble assez simple. L'expression "gauche" est utilisée dans les médias de masse mais aussi dans la littérature plus savante, pour désigner ce qui s’oppose à la droite. Issue de la Révolution française, la formule reste floue quand au contenu de ce qu'elle désigne. Pour beaucoup, et cela est aussi un produit de l'histoire contemporaine, elle désigne les organisations politiques et syndicales qui se réclamèrent de la République contre la droite monarchiste, puis du mouvement ouvrier contre le capitalisme. Et cela malgré la rupture entre le Parti communiste et la SFIO en 1920. La social-démocratie, le communisme, le radicalisme étaient les courants principaux de la gauche jusqu'à l'après-guerre en 1945. Le Front populaire qui regroupa la gauche contre le fascisme et pour les revendications ouvrières et paysannes, à des degrés ô combien divers, est resté chez beaucoup comme la concrétisation de ce qu'est la gauche dans sa diversité. Après la deuxième guerre mondiale , c'est le tripartisme qui gouverne le pays et c'est plus l'aspect national qui est mis en avant que celui de gauche. Durant la guerre froide, la politique dite de "troisième force" de la SFIO, alliée avec la droite et/ou le centre, y compris dans les guerres coloniales, et le raidissement du PCF, dans la logique d'une division bipolaire des "camps socialiste et impérialiste", ont embrouillé la formule. Ainsi Guy Mollet déclare-t-il que "le PCF n'est pas de gauche, mais à l'Est" alors que le PC dénonce les socialistes ayant "dérivés à droite" comme "les agents de l'impérialisme américain". Reste que dans les masses le terme garde une signification, certes floue, certes non définie en terme de classe, mais avec une incontestable "force propulsive".

Après le retour du général de Gaulle en 1958, les socialistes se divisent. Mais les logiques institutionnelle et électorale les amènent à envisager un rapprochement avec les communistes qui, en ce qui les concerne, déploient, depuis le milieu de années 1950, une ligne "union de la gauche". Une stratégie basée sur la volonté de refaire un Front populaire en mieux.... En tous les cas l'utilisation du terme gauche revient en force.  Le PCF parvient en 1972 à son objectif, la signature d'un programme commun avec le PS "refondé" par Mitterrand en 1971 au congrès d'Epinay. Programme signé également par les Radicaux de gauche qui se séparent ainsi des Radicaux de droite : le terme est bien signifiant. Le programme commun "de la gauche" marque l’apogée du clivage droite-gauche et du terme gauche.

On connait la suite. Il est à noter qu'après la rupture de l'union de la gauche, le changement du rapport de forces entre PS et PCF au détriment de ce dernier et la crise interne du Parti communiste, la direction communiste s'éloigne de l'utilisation du terme de gauche qu'il avait tant mis en avant, au profit d'un positionnement...anti-droite. Cela pour se démarquer des socialistes.

Aujourd'hui le terme gauche inclut de façon centrale le Parti Socialiste. Là est le problème. Certains d'ailleurs parlent d'une gauche coupée en deux : c'est évidemment faux car il ne suffit pas de se réclamer d'une étiquette pour que cela soit vrai. Comme le PS est, aux yeux de quasiment tous nos concitoyens et à juste titre, devenu une aile du parti unique du capital certains veulent jeter le bébé avec l'eau du bain. Il nous semble, mais le débat est ouvert, qu'en France et même dans une grande partie du monde où il s'est diffusé (Etats-Unis, Italie, Grèce, Allemagne, Afrique, Amérique-Latine...en Chine le courant néo-maoiste s'intitule "nouvelle gauche") le terme de gauche incarne  toujours, même de façon vague, une volonté de justice sociale et de liberté et reste attaché socialement aux classes populaires. Aussi prôner l'abandon de cette référence constitutive de notre culture politique, issue de notre tradition révolutionnaire, revient à abandonner un phare et une balise. Certes on peut et on doit dénier au PS cette référence. Comme on peut et on doit dénier à l'extrême-droite la référence au patriotisme. Comme on peut et on doit dénier aux droites l'exclusivité de la Marseillaise et l'unir à l'Internationale, comme d'ailleurs le drapeau tricolore de la nation et celui rouge du mouvement ouvrier. Espérons que, sur ce dernier point, le mouvement des Gilets jaunes a été une leçon pour les puristes allergiques au drapeau des Sans-culottes et à la Marseillaise. Hymne auquel sont hostiles tant de petits-bourgeois, amateurs du Dalaï-lama, de gauchistes obtus et de grands bourgeois ("Je trouve que La Marseillaise, est un chant détestable et grotesque" dixit BHL) . Ce n'est pas en se débarrassant de termes même flous ou de symboles même ambigus que nous mènerons la bataille idéologique mais en nous faisant les héritiers critiques de ces termes et symboles et en tentant de leurs donner un contenu de classe plus affirmé.

Enfin considérons le discours des médias "main stream". Que nous disent-ils ? Que la gauche c'est le PS et éventuellement ses sages alliés. Que la gauche c'est Hollande, Olivier Faure, Bernard Cazeneuve, Pierre Moscovici, Ségolène Royal et Manuel Vals. Que la gauche c'est Clinton et Obama. Gerhard Schröder et Matteo Renzi. Antonio da Costa et Pedro Sanchez. Bref les fondés de pouvoir du très grand capital. Alors que Mélenchon est un populiste (comme Le Pen), Maduro, Chavez, Morales, des populistes (comme Trump, Bolsonaro, Orban). L'amalgame et le mensonge pour entretenir la confusion. La gauche est populiste quand elle est de gauche, comme l'extrême-droite. Donc la gauche de gauche est d'extrême-droite et la gauche bourgeoise est la gauche. Si l'on ne voit pas où aboutit l'abandon de la notion de gauche, les médias nous le montrent.

Antoine Manessis.

 

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