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L'homme était sans doute chaleureux et sympathique. C'est entendu.
Une confidence : je partage son amour de la tête de veau et de la bière.
Sa politique eut de bons côtés, non à la guerre en Irak, attitude convenable à l'égard des Palestiniens, recul lors du mouvement contre le CPE, appel de Cochin. Et de moins bons : le reste. Tout a été dit et plutôt mille fois qu'une.
Mais ce qui est plus intéressant c'est la manière dont les médias ont utilisé le décès de l'ancien président.
Ce fut un moment idéologique intense.
Dépolitisation et récupération.
Dépolitisation car ce qui fut mis en avant c'est l'homme, sa culture, ses goûts, le Corrézien, le bon vivant que sais-je encore. Mais un homme politique, surtout chef de l’Exécutif de son pays, a un bilan. Sur cela nos médias ont été d'une timidité volontaire. En personnalisant au maximum les portraits de J.Chirac, ils ont volontairement dépolitisé le contenu objectif du président. Bien entendu on ne peut pas en être étonné mais il faut au moins le noter. Les médias sont les chiens de garde d'un système, ce n'est donc pas par hasard que le contenu de classe de l'action de l'homme politique ne pouvait pas être mis en avant. L'autocritique n'est pas le genre de la maison.
Dépolitisation aussi pour que les citoyens appréhendent les hommes politiques en fonction de leurs qualités ou défauts personnels. De plus on tente de nous montrer des Français unis dans l'affection pour un homme de coeur, un humaniste qui aimait les arts premiers ou japonais. Mais franchement qu'il aime les Haïku change t-il le caractère réactionnaire de sa politique sociale ?
Récupération : c'est un des axes de cette opération idéologique car les médias nous montrent des Français saluant la mémoire de J.Chirac. Il est bien normal que le président et le chef du RPR ait des supporters : il fut bien élu par quelqu'un . Mais que disent à la télévision ces gens qui se sont déplacés pour lui rendre hommage : il était gentil, accessible, humain... bref un peu comme lors des obsèques de Johnny Hallyday. On jette un voile pudique sur Malik Oussékine et le système RPR dérivé de celui de la Mairie de Paris, sans parler "du bruit et des odeurs". La "peopolisation" de la vie politique n'est pas politiquement neutre, elle est idéologiquement marquée. Elle enfume les rapports de classe et la violence des rapports sociaux. A écouter les médias et les interviewés, les sanglots dans la voix, on se sent très "pisse froid" d'oser ces lignes. C'est le but, fabriquer du consensus et du consentement autour d'une image à laquelle on va bientôt superposer celle du locataire actuel de l'Elysée. Comment rapprocher les deux hommes ? Assez simple finalement. Macron donne la recette dans son sermon télévisé "préservation de l’unité de la nation contre les extrêmes et la haine, attachement à l’Europe et à l’amitié franco-allemande". Le dispositif idéologique macronien est en place : haro sur Le Pen et JL Mélenchon, les extrémistes haineux, les populistes vociférants, vocable bien pratique qui permet d'amalgamer la gauche républicaine et l'extrême-droite, Et gloire éternelle à l' Union Européenne le nouveau Reich de mille ans.
Récupération aussi par cette image d'unité factice, de cette fausse union nationale fabriquée pour mystifier les Français et dont nous aurons un exemple aux Invalides. En fait c'est la reprise du vieux rêve des capitalistes, de leurs politicards et des think-tanks (laboratoire d'idées) de la droite et de la fausse gauche : couper les deux bouts de l'omelette. Exclure les classes dangereuses de la vie politique, quitte à leur refiler quelques coups de bâtons s'ils se réveillent en gilets jaunes, exclure le peuple, celui qui a compris où est son véritable ennemi et celui qui se trompe de colère, et gouverner avec les classes moyennes supérieures, le marais central :
comme les décrivait le père Hugo.
Bref ne soyons pas dupes. Tentons de résister au rouleau compresseur idéologique, dégoulinant de sentimentalité petite-bourgeoise, pour mieux cacher "les eaux glacées du calcul égoïste."
 
Antoine Manessis
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