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Le sectarisme alimente le sectarisme, comme le dogmatisme alimente le doctrinarisme et la division, l'éparpillement.

Il fut un temps, qu'approximativement "les moins de 70 ans ne peuvent pas connaître", où le parti communiste, avec ses qualités et ses défauts, était un parti puissant qui menait la bataille politique et idéologique et qui aimantait les forces ouvrières, populaires et la jeunesse ouvrière et étudiante. 

Il existait bien sûr des groupuscules mais ceux-ci se définissaient par rapport au Parti Communiste.

Les trotskistes étaient divisés en une dizaines de sectes dont 4 surnagent aujourd'hui : le Nouveau Parti Anticapitaliste (mais il est divisé en tendances dont au moins une a fait scission), le Parti Ouvrier Indépendant affaibli par la scission du POID (mais son soutien à JL Mélenchon lui a permis d'avoir un député) et Lutte Ouvrière. Certains groupuscules sont organisées en tendances soit dans des orgas trotskistes, soit dans des partis de gauche (il y en a une dizaine). Et subsistent également une autre dizaine de groupuscules indépendants. On imagine leur force...

Les maoïstes ont connu leur heure de célébrité. Le Parti Communiste Marxiste-Léniniste de France (PCMLF) et l'Union de la Jeunesse Communiste Marxiste-Léniniste (UJCML), furent les groupuscules plus visibles (au plus haut le PCMLF ce fut 500 adhérents parait-il). Beaucoup des militants du PCMLF étaient issus du PCF et se réclamaient de la ligne "classe contre classe", contre le "révisionnisme soviétique" de Khroutchev et la fidélité à Staline. L' UJCML était un courant plus intellectuel composé essentiellement d'étudiants.

Mais très vite le maoïsme français se décomposa. Le PCMLF scissionnait en au moins 5 groupes. Sans compter environ 10 groupes "Albanais", le courant hodjiste (du nom du chef de PC Albanais Enver Hodja) apparu après la fâcherie entre la Chine et l'Albanie. On imagine facilement que ces groupes étaient microscopiques. Subsiste le Parti Communiste Ouvrier de France qui est considérablement marginalisé (il a appelé à l'abstention à la présidentielle de 2022) même s'il reste le dernier groupuscule communiste à assurer une présence à la Fête de l'Huma que les autres groupes oppositionnels à la direction du PCF ne peuvent plus assurer, trop affaiblis.

L'UJCML fusionne avec une fraction de Mouvement du 22 mars et fonde la Gauche Prolétarienne (GP) et son journal La Cause du peuple qui connait un certain succès (avec le soutien de JP Sartre). Son activisme très virulent en font le groupe d'extrême-gauche le plus en vue. Mais très vite son extrémisme-même et son flou politique voue la GP à la marginalisation. Elle s'auto-dissout en 1973.

 

Les groupuscules n’ont jamais réussi à construire une organisation forte et une stratégie politique pesant durablement dans la société. Le PCF sorti renforcé de cette période d'affrontement avec les groupuscules et nombre de leurs militants rallièrent le parti.

 

Bien sûr depuis 50 ans bien des choses ont changé et la marginalisation et l'affaiblissement du PCF aurait pu théoriquement ouvrir un espace à une contestation "de gauche" de la ligne du PC. Ce fut le pari de militants communistes hostiles à la "mutation". Pourtant rien ne concrétisa leurs efforts.

Au moins 5 groupes (PRCF, PCRF, PRC, ANC, RC) ont tenté de faire renaître "le grand PCF". Mais sans aucun résultat, aucun succès. Une vingtaine d'années de militantisme n'a rien donné. Les militants des débuts vieillissent, les jeunes, peu nombreux, ne font que passer, tous accablés par l'impuissance de dépasser le groupusculisme. Et qui plus est, l'incapacité de vaincre l'éparpillement et les divisions aux causes picrocholines.

Ces groupuscules ne rassemblent que quelques dizaines de militants et plus le temps passe, plus s'étiolent les maigres forces qui les composaient. Pour échapper à la réalité chaque secte radicalise les divergences avec les autres. Ces conflits absurdes et futiles deviennent une justification de l'existence de chacun. 

D'ailleurs toutes les tentatives de regroupement ont fait flop. Même ceux qui parviennent à s'unir re-scissionnent quelques mois après. Les excommunications reprennent régulièrement mais dans le vide. Plus les groupes deviennent microscopiques, plus leur vocabulaire enfle. Du coup le décalage entre les discours, annonces, communiqués de victoire et la réalité devient insoutenable. Dix fois les mêmes rassemblements de masse sont annoncés et chaque fois le fiasco est absolu. Malheur au lucide de passage qui raconte l'échec. Il est dénoncé comme capitulard et déserteur.

Les groupes se réduisent comme peau de chagrin mais plutôt que de tirer un bilan, faire une évaluation, comparer les résultats aux objectifs annoncés, donner des chiffres et des faits, les responsables ne rendent compte de rien et répètent le même processus, encore et encore et encore, jusqu'à l'extinction des feux. 

Alors qu'il y a tant à faire. Combattre tournés vers l'avenir, imaginant des formes nouvelles pour un monde nouveau, avec peuple, par le peuple, pour le peuple et dans le peuple comme un poisson dans l'eau. 

 

 

Antoine Manessis.

 

 

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