Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

 

Un spectre hante les commentateurs incultes: nous serions menacés par un retour à la IVe République. Celle-ci, sous les effets de la propagande gaulliste et des thuriféraires de la Ve, est devenue le symbole de l'instabilité et de l'impuissance politique. Or c'est faux. C'est désormais une idée reçue mais elle ne correspond pas à la réalité historique.

 La Constitution de la IVe est adoptée par le peuple français lors du référendum du 13 octobre 1946 avec 53,5 % de oui. Elle est tenue dans les fonds baptismaux par le parti communiste et la SFIO. Le général de Gaulle et le MRP (démocrate-chrétien) s'y opposent. C'est un régime parlementaire et l'exécutif est confié au gouvernement dirigé par le président du conseil. gouvernement, que l'Assemblée nationale investit et peut renverser par une motion de censure. Le mode de scrutin est la proportionnelle.

Les institutions fonctionnent et les débuts de la IVe sont marqués par les progrès sociaux inspirés du programme du Conseil National de la Résistance et s'appuyant sur l'union des gauches.

C'est la guerre froide qui va changer la donne et donner sa mauvaise réputation à la IVe République. En effet les communistes sont exclus du gouvernement et de Gaulle et ses amis sont également dans l'opposition. Se constitue alors la "troisième force" c'est-à-dire un bloc anti-communiste et anti-gaulliste, composé de partis de droite, du MRP, de la SFIO. Ce groupe central était la Macronie de l'époque et divisé en plusieurs partis. Mais tous au service du capital. C'est eux qui prétendaient "couper les deux bouts de l'omelette", écarter les "extrêmes". Le problème c'est qu'entre les mots et la réalité il y a d'himalayennes différences. C'est la "3e force" qui s'opposa avec extrémisme et violence aux revendications ouvrières. C'est la "3e force" qui fut extrémiste en menant des guerres coloniales meurtrières et absurdes en Indochine, en Algérie...sans oublier la pathétique et odieuse aventure de l'expédition de Suez. C'est la "3e force" qui fut incapable de la souplesse et du réalisme indispensable, du fait de son extrémisme anti-communiste et anti-populaire, son extrémisme colonialiste, de régler les problèmes qui se posaient à la France et qui fit sombrer la IVe.

La raison du naufrage, du fiasco de la IVe République n'est en aucun cas institutionnelle. Elle est politique. 

Quant à la soi-disant instabilité, et en dépit de la valse des gouvernements, "une furieuse continuité domine"(lisez les pages70 et 71 du dernier livre d'Eric Vuillard "Une sortie honorable" et vous aurez tout appris et tout compris.) Les gouvernements sont composés des mêmes hommes, des mêmes partis, des mêmes intérêts qui ne font que jouer aux chaises musicales et surtout qui mènent avec une stabilité absolue et obtuse la même politique coloniale et anti-sociale au service du capital, sans oublier la servilité à l'égard des Etats-Unis.

Macron est un homme au culot monstrueux. Il tente, déjà, de rejeter la faute d'un éventuel blocage politique sur le dos de la gauche. Or il devrait savoir que ce sont les citoyen-nes qui ont élus les 150 député-es de la NUPES et ont refusé de lui offrir une majorité absolue à l'Assemblée.  Cela s'appelle la démocratie dont le principe est le gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple. La balle est dans son camp: s'il veut une majorité absolue qu'il propose le blocage des prix, le SMIC à 1500 euros, la retraite à 60 ans et un coup d'œil au programme commun de la NUPES pourrait lui donner des idées. Ce n'est pas un projet "extrémiste", c'est juste un programme de justice sociale et écologique. Lui seul en s'entêtant à appliquer son projet minoritaire au service des riches portera la responsabilité d'un blocage.

Cette fois encore c'est bien de choix politiques et sociaux que l'on parle.

 

Antoine Manessis.

Partager cet article
Repost1
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :