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L'effondrement de l'Union soviétique et du bloc socialiste, la mutation capitaliste-autoritaire de la Chine, l'agressivité étasunienne qui veut conserver son hégémonie mondiale, l'accentuation des rivalités inter-capitalistes ont déstabilisé les relations internationales et les ont privées de toute référence idéologique. Comme l'écrivait Eric Hobsbawm "La chute des régimes communistes, entre l’Istrie et Vladivostok, n’a pas seulement produit une immense zone d’incertitude politique, d’instabilité, de chaos et de guerre civile : elle a aussi détruit le système international qui stabilisait les relations internationales depuis une quarantaine d’années".

Ce processus était déjà largement engagé avant la décomposition soviétique. On se souvient, pour les moins jeunes, des manœuvres de la diplomatie de Moscou qui avaient plus à voir avec ses intérêts de grande puissance que de puissance socialiste.

Mais évidemment les choses restaient alors contradictoires et objectivement l'URSS restait le grand arrière des mouvements de libération nationale et du MCI.

Désormais apparaissent sans masques les contradictions internes du capitalisme.

La Turquie arme l'Ukraine en drones  Baraktar TB2 et s'arme auprès de la Russie en Missiles anti-missiles S-400 tout en étant membre de l'OTAN. Recep Tayyip Erdogan soutient l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN mais refuse de  voter des sanctions contre la Russie.

En Libye Khalifa Haftar bénéficie de l’appui de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, des Émirats Arabes Unis, de la France et de la Russie. La Turquie se trouve dans le camp opposé. Pour autant le dialogue entre Moscou et Ankara se poursuit confirmant la relation de concurrence-connivence entre les deux pays, confirmée par les négociations entre l'Ukraine et la Russie sous l'égide turque à Istanbul.

Il en va d'une certaine manière de même avec Israël. Malgré les diktats étasuniens, le Premier ministre israélien, Naftali Bennett, refuse les sanctions contre Moscou. Son gouvernement refuse même de sanctionner les capitalistes russes très présents en Israël, Yaïr Lapid, le ministre israélien des Affaires étrangères, a déjà demandé à ses ministres de faire attention au jeu qu’ils jouent avec ces oligarques et leurs investissements dans le pays. La présence américaine semble s’affaiblir dans la région alors que, depuis l'affaire syrienne, celle de la Russie est grandissante dans la région. Israël veille donc à entretenir de bonnes relations avec Kiev, mais aussi avec Moscou sur des dossiers aussi brûlants que celui du nucléaire iranien ou de la coopération militaire en Syrie. Et cela permet à Naftali Bennett de jouer le rôle de médiateur comme Erdogan. 

Chacun sait les positions politiques de Victor Orban qui dirige l'exécutif hongrois: il se situe très clairement à l'extrême-droite. Et l'extrême-droite hongroise a toujours eu des relations conflictuelles avec la Russie, surtout soviétique. Or entre Moscou et Budapest, tous les voyants politiques et économiques sont au vert. En septembre 2021, la Hongrie a signé un contrat avec le russe Gazprom, qui lui garantit un tarif cinq fois inférieur au prix du marché. Une ligne ferroviaire traversant la Hongrie pour acheminer du fret chinois en passant par la Russie doit être construite, et, accessoirement, un cosmonaute hongrois doit décoller à bord d’une fusée russe en 2025. Pour le chef de file de l'opposition unie des europhiles, Peter Marki-Zay, Orban ne serait "qu'un laquais du Kremlin convoqué par Poutine pour être exhibé comme un symbole des divisions de l’Union européenne".  Au contraire "La Russie est impressionnée par l'approche indépendante de la Hongrie", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov.

On le voit, les pays ne sont guidés que par leurs intérêts ou plus précisément par les intérêts de leurs classes dirigeantes. On est loin de choix idéologiques clivants, exprimant sur le plan des relations internationales les conflits de classe. Cela est globalement pulvérisé par la mondialisation capitaliste, même si des îlots de résistance existent et que la lutte des classes, qui est un fait objectif, se poursuit.

Loin de pacifier la politique internationale les rivalités entre pays capitalistes aggravent les tensions et les conflits, comme au Yémen, en Syrie, en Libye ou en Ukraine etc. Ceux qui, de droite ou de gauche, y voient le combat du bien contre le mal ont des lunettes déformant la réalité. Celle-ci, exposée par Marx et Engels, ne laisse subsister que "les eaux glacées du calcul égoïste" que les capitalistes soient Français, Russes, Etasuniens ou Chinois, Hongrois ou Turcs.

 

Antoine Manessis.

 

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