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                                                                            Vietnam 1972                                    

   

Le très médiatique psychiatre Bruno Cyrulnik a eu une phrase consternante lors d'un de ses nombreux passages télé (C'est à vous) "Les bombes, l'exil, la mort... Ces images d'Ukraine réveillent des souvenirs que je pensais enfouis. J'étais convaincu de ne jamais revoir de telles images de guerre. Et là..."

Et là l'émotion, presque les larmes. On est soi-même attendri. Et puis "la raison tonne en son cratère".

Mais il sort d'où ce type ? Comment oser de tels propos ? A-t-il jamais entendu parler les Palestiniens ? Des bombardements, de l'exil, de la mort des Palestiniens ? Ces images-là comment les a-t-il vécu ? Il les ignore ? Elles ne le touchent pas ? Les Palestiniens seraient-ils des créatures non humaines, invisibles, des êtres sans importance dont la lutte et la souffrance ne signifient rien ? Troublant et déconcertant docteur Cyrulnik.

Il a 84 ans. Il a connu, entendu, vu, lu la guerre civile en Grèce, la guerre de Corée, celle d'Indochine, celle d'Algérie, celle du Vietnam, celle de Colombie, d'Angola, d'Afghanistan "Les bombes, l'exil, la mort..." en Indonésie, au Zaïre, au Rwanda, au Chili, au Brésil, au Guatemala, en Irlande, à Chypre, en Yougoslavie, au Timor, au Salvador, au Sri-Lanka, au Yémen, en Syrie, en Irak...et tant, et tant d'autres encore...Des tonnes de bombes, des milliers d'exilés, des millions de morts.

Où était donc le docteur Cyrulnik ? Qu'est-ce qui peut réduire un homme à ne pas voir "de telles images de guerre" avant le conflit ukrainien ? Quel dérèglement de la vision, de l'ouïe, de la sensibilité, de l'empathie pour oser ces mots qui se veulent compatissants mais qui ne sont qu'infâmes ? Faut-il que les victimes soient blondes et blanches ? Y a-t-il un nombre de kilomètres au-dessus duquel on se fout des bombes, de l'exil, de la mort ?

Il parait que le concept de résilience vous doit beaucoup. Le philosophe Ruwen Ogien y voyait "un côté bêtement optimiste, répugnant aux yeux de tous ceux dont la vie est précaire, marquée par des échecs et des peines profondes." Mais il semble que, s'ils ne sont pas Ukrainiens, le sort des êtres soufrant et luttant vous soit finalement relativement indifférent.

 

Antoine Manessis.

 

 

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