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                                       Honoré Daumier 1850  Suffrage universel et suffrage restreint *

 

Il y a un paradoxe flagrant chez ceux qui prétendent que les élections déterminent la légitimité d'un élu et qui, en même temps, contestent la légitimité des élections.

Les élections sont une modalité centrale de l'expression démocratique dans un pays comme le nôtre. Dans le sens où elles pèsent sur les rapports de forces politiques dont elles sont à la fois l'expression et qu'elles contribuent à former.

Plus encore le processus électoral est l'expression de dynamiques politiques : dans ce sens le vainqueur n'est pas forcément celui qui est majoritaire. Nos présidentielles vont ainsi contribuer à une recomposition politique d'ampleur chez les néolibéraux, les néofascistes et la gauche alternative.

Déclarer illégitime le ou la  président-e qui sera élu-e dans 15 jours n'a pas de sens. Qu'il fasse 30% ou 20% au premier tour est politiquement significatif mais pas en terme de légitimité. L'élection est un moment de la lutte sociale, idéologique et politique, pas un test de légitimation. Ce n'est pas la légitimité qui est en question, ce qui est en question c'est le rapport de forces et ses tendances. Les sondages nous disent que la réforme des retraites de Macron rencontre l'opposition de 70% des Français-es mais s'il est élu, même très "mal", il pourra se targuer d'avoir le mandat pour ce faire. et les criailleries sur son "illégitimité" supposée n'y changeront rien.

Ce qui est en question pour la gauche c'est la capacité d'apparaître comme une force d'alternative crédible et pour les forces bourgeoisies de conserver leur hégémonie dans la société. 

Il est donc totalement erroné de considérer que l'abstention de masse effraie la bourgeoisie. C'est exactement le contraire. La déconnexion populaire et de la jeunesse avec les élections est le rêve réalisé de la bourgeoisie. Le cens et ses citoyens "actifs" sans loi pour l'imposer mais par l'action "spontanée" des masses elles-mêmes: Sieyès* serait le plus heureux des hommes assistant à ce désastre démocratique. On trouve même quelques fossiles de gauche qui se félicitent de cette situation, sans doute pour camoufler leur impuissance politique et leur incapacité à avoir un seul élu dans un pays de 67 millions d'habitants...

L'abstention populaire est souhaitée par la Macronie. Elle est conforme à sa vision élitiste, "Les gens qui ne sont rien", les citoyens "passifs", et préserve la Macronie d'une intervention électorale intempestive des "Gaulois réfractaires".

Nous avons une alternative crédible avec la candidature de l'Union populaire. Plus fort sera son résultat, plus grande sera la mobilisation des classes populaires et des jeunes autour de Mélenchon, meilleures seront les conditions des luttes à venir.

 

Antoine Manessis.

 

* Le 31 mai 1850, les députés de droite, inquiets des revendications du peuple, adoptent une loi qui durcit les conditions de vote, afin de restreindre l’électorat populaire. "Il faut tout faire pour le pauvre, excepté cependant de lui donner à décider les grandes questions où s'agitent le sort et l'avenir du pays" déclare Adolphe Thiers le 24 mai 1850 à l’Assemblée législative. 

* Emmanuel-Joseph Sieyès ( 1748-1836), rédacteur de la Constitution de 1791 et théoricien du suffrage censitaire. Ne votent que les riches "les citoyens actifs", sont exclus du vote les pauvres "les citoyens passifs".

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