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L'extrême-droite a pourri et stérilisé le mouvement anti-Pass

                          

 

 

A quelques mois de l'élection présidentielle, à l'heure où devrait s'ébrouer dans tout le pays un vaste débat populaire sur les propositions politiques qui engageront notre avenir et celui de nos enfants, la Macronie fait de nouveau planer la peur et met en place un cadre institutionnel liberticide. A la place des meetings de masse vous aurez la diffusion du discours du candidat de votre choix entre 3 et 4 heurs du matin sur C-News, BFM ou LCI, des chaînes aux mains des puissances d'argent.

Depuis le début de la pandémie la lutte contre le virus se mène de façon anti-démocratique, sans doute inspirée  par la Chine ou les États-Unis, bien que de façon différente. D'où la mise en place de l'état d'urgence sanitaire, qui donnait la possibilité au gouvernement de décider de mesures gravement attentatoires à l'État de droit comme le confinement ou le couvre-feu. L'état d'urgence sanitaire est un état d'exception, qui déroge aux règles de l'État de droit. Il ne s'agit pas d'exclure des mesures exceptionnelles dans des circonstances exceptionnelles, mais d'avoir le souci de faire participer les citoyen.ne.s à l'élaboration et à la mise en place des actions et de ne pas profiter de ces circonstances pour établir une "société de contrôle".

Le projet de loi de "vigilance sanitaire" vient d'être adopté, à quelques voix près (l'article 2 par 1 voix  d'écart et l'ensemble du texte par 10 voix seulement). Outre qu'il laisse à l'exécutif la possibilité de recourir au pass sanitaire jusqu'en juillet 2022, cette loi permet au pouvoir de déclarer par décret l'état d'urgence sanitaire. Les mesures les plus attentatoires à nos libertés peuvent être prises par simple décret, sans aucun contrôle du Parlement. Cette loi donne donc les pleins pouvoirs au gouvernement. 

Les libertés n'ont de cesse de reculer, les manifestations sont de plus en plus encadrées et de fait cassées, les mécanismes de surveillance se sont généralisés. Nous pénétrons dans un autre type de société "l’État de contrôle". Un seul exemple: la reconnaissance faciale permettra l’identification des manifestants. Exagération ? Nullement. C'est déjà le cas dans ce que nos médias appellent sans honte "la plus grande démocratie du monde", l'Inde.

Le "capitalisme de surveillance" se déploie dans le monde entier. De Pékin à Washington, de Moscou à Paris, de Berlin à Varsovie, Internet remplace, avec ô combien plus d'efficacité, le Livret ouvrier. Le but est le même : contrôler et réprimer le combat émancipateur dans toutes ses dimensions.

Terrorisme ou virus, les dangers existent mais ils sont surdimensionnés, pilonnées par des médias anxiogènes et un matraquage inouï qui nous fait croire que l'Apocalypse est à nos portes. Amplifiés aussi par les pouvoirs afin de justifier l'exception, d'habituer l'opinion à ce que l'exception devienne la règle. Et lorsque les supposées circonstances exceptionnelles disparaissent le pouvoir nous vend le risque qu'elles reviennent. Ainsi le cadre disciplinaire de surveillance et de contrôle se perpétue, s'installe dans la durée et peut servir à tout.

Reste que la manœuvre macroniste, malgré toutes les incohérences et les contradictions de son discours, a fonctionné. D'autant que le mouvement anti-Pass a été parasité et émasculé par l'extrême-droite, les anti-vax et complotistes, quand les syndicats restaient - comme d'habitude face au nouveau - tétanisés, incapables de participer sur leurs propres bases à un mouvement certes complexe et contradictoire mais qui avait le mérite d'exister. En septembre la moitié des moins de 35 ans étaient opposés au pass sanitaire, alors que 75% des 65 ans et plus le soutenaient. Les cadres approuvaient la mesure à 71%, tandis que ce chiffre était de 55% chez les ouvriers. La base électorale de la Macronie sort ainsi satisfaite de l'épisode et du président. Ce que les sondages montrent d'ailleurs.

A gauche c'est encore la France Insoumise qui a tenté de bouger et de dissocier le mouvement anti-Pass et le courant anti-vax tant au Parlement qu'ailleurs. Mais la mobilisation à gauche a été faible, rebutée du fait de l'OPA de l'extrême-droite (Philippot, Dupont-Aignant, etc.) et des anti-vax sur le mouvement de l'été. Le terrain idéologique était miné et il aurait fallu porter le débat sur le terrain social et des libertés plutôt que de laisser la question du vaccin dominer les discussions. Pas simple tant le ressentiment, la méfiance, l'hostilité aux organisations sont devenus des caractéristiques des mobilisations plus ou moins spontanées.

 

En tous les cas il s'agit maintenant de ne pas se laisser voler la campagne politique des présidentielles. Et la plus grande détermination sera nécessaire pour ce faire, tant la Macronie craint de plus en plus et supporte de moins en moins l'expression démocratique populaire.

 

Antoine Manessis

 

 

 

 

 

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