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                    La belle équipe des BRICS:  Xi-Jinping, Poutine, Bolsonaro, Modi, Ramaphosa

 

En 2001, Jim O’Neill, économiste en chef de Goldman Sachs invente le terme BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) en 2010 l'Afrique du Sud rejoint les BRIC qui deviennent BRICS. Les BRICS sont des pays en développement Ils produisent des quantités de matières premières et de produits manufacturiers,  exportent aux marchés internationaux, en échange de sommes colossales de devises étrangères, et achètent des bons du trésor des pays développés, ce qui constitue une réserve de devises étrangères énorme. Désormais ces pays développent leur marché intérieur et diversifient leurs productions se posant en concurrent avec les pays capitalistes avancés y compris sur des productions de pointe.

Pour échapper à la dépendance de l’hégémonie du dollar, les BRICS ont décidé de créer une nouvelle banque de développement.  La Nouvelle Banque de développement fait la promotion de l’usage des monnaies nationales des pays membres, ce qui pourrait promouvoir le commerce intérieur et l’investissement réciproque de ces pays, réduisant ainsi la dépendance au dollar et à l’ordre économique international dominé jusque là par le bloc impérialiste occidental. En somme, la création de la Nouvelle Banque de développement traduit la volonté des BRICS de mieux utiliser leurs devises étrangères afin de réduire le risque d’inflation et de rétrécissement de leur réserve de devises étrangères, et de mieux servir leurs économies réelles. Sur la question du commerce international, les BRICS ont œuvré au sein du G20 contre les mesures protectionnistes et à maintenir les autorités de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en tant que seule institution multilatérale de commerce international à long terme.

Depuis ces deux dernières années, le monde assiste à un processus qu’on pourrait qualifier de démondialisation, car les États-Unis et un certain nombre de pays développés commencent à s’inquiéter de leur déclin, et œuvrent activement en faveur de la création d’une zone de libre-échange de haut standard, le TransPacific Partnership (TPP) et le Trans-Atlantic Trade and Investment Partnership (TTIP). Ce n’est pas un hasard si aucun des cinq pays BRICS n’a été invité à participer à la négociation sur la création de ces zones de libre-échange.

En fait, Barak Obama -déjà- expliquait plus d’une fois que ce qu’il est en train de faire vise à ne pas laisser la Chine ou les BRICS dicter les futures règles du commerce international. L'empire déclinant faisant de la Chine son adversaire stratégique. On constate que, déjà aujourd'hui et plus encore dans l'avenir, les BRICS seront une force à ne pas négliger sur la scène internationale.

Mais les contradictions au sein des BRICS s'affirment aussi. Ainsi le gouvernement brésilien a annoncé l’arrêt des essais cliniques d’un candidat vaccin contre le Covid-19 sur des humains menés par le groupe chinois Sinovac, sans donner de raison. Cette décision politique a même surpris Anvisa, le régulateur national en matière de santé publique qui supervisait l’opération. Après tractations, les essais ont repris mercredi. En réalité, cet incident ne fait que traduire le fossé grandissant entre Pékin et Brasilia dirigé par Bolsonaro un président d'extrême-droite et très lié aux Etats-Unis. L'Inde est dirigée par un gouvernement néolibéral déchaîné et autoritaire qui a son propre agenda. L'évolution de l'Afrique du Sud est inquiétante. En juillet dernier l'arrestation de l'ancien président Zuma (que le SCAP a soutenu) a entraîné des émeutes qui ont fait 200 morts. La  chute de l'URSS et l'évolution de la Chine vers le capitalisme contraignirent le parti communiste, comme beaucoup de ses partis frères dans les pays africains post-coloniaux, à faire face à la difficulté de survivre comme force socialiste dans une alliance dirigée par un mouvement nationaliste dont le gouvernement mène une politique économique néo-libérale. La répression de mouvements grévistes par le pouvoir a montré la difficulté pour le PC et le syndicat COSATU  de gérer une situation politique et sociale explosive et contradictoire. En 2012 la grève des mineurs à Marikana et le massacre de 34 mineurs par la police illustra ces difficultés. Le SCAP avait, par exemple, soutenu l'ANC lors de cet épisode tragique...

Que dire de l'évolution du "socialisme de marché" de la Chine qui "se réclame haut et fort de la faucille et du marteau" mais déploie une politique économique capitaliste que ne voient pas seuls ceux qui ferment les yeux - demander aux dockers du Pirée où les syndicats et les conquêtes sociales ont été pulvérisés par la direction chinoise du port privatisé - et une politique hégémonique en Asie qui provoque le rapprochement du Vietnam "socialiste" et des Etats-Unis...

Pour la Russie, personne n'ose dire que ce pays est autre chose qu'une puissance capitaliste. En revanche, objectivement, sa volonté de s'affirmer comme grande puissance rencontre l'opposition du bloc impérialiste occidental à des degrés divers, l'UE elle-même étant divisée dans son attitude à l'égard de la Russie. Et qui peut regretter son rôle en Syrie pour contenir l'offensive impérialiste ? Mais ce n'est pas de la solidarité internationaliste qui l'a motivé mais ses intérêts nationaux de grande puissance. Comme on le voit au Mali, en Lybie ou ailleurs.

Bref la concurrence contre l'impérialisme étatsunien et son affaiblissement ne transforme pas les BRICS en "base rouge" même s'il faut pour les forces progressistes surfer sur les contradictions inter-capitalistes pour y gagner une plus grande marge de manœuvre indépendante. Sans illusions et avec lucidité.

Par conséquent, les attardés du communisme, dogmatiques, sectaires et autres révolutionnaires en peau de lapin à la petite semaine, ne sont pas seulement des doctrinaires sans intelligence. Ce sont des gens négationnistes de la réalité auxquels il faut continuer d'opposer la parole de Lénine en 1903: " Il n’existe pas de vérité abstraite, la vérité est toujours concrète."

 

Antoine Manessis.

 

* Lettre de Lénine à Inès Armand (1913).

 

 

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