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M. Le Pen rendant hommage à M. Thatcher

 

Marine Le Pen se présente comme la "présidente des libertés". Qu'elle ose, sans provoquer un haut le cœur de masse et des masses, associer sa candidature et son nom aux libertés est déjà une défaite idéologique des forces de progrès. Qu'on le veuille ou non, le simple fait qu'un tel discours soit supportable à la société prouve que la dédiabolisation est un fait. 10 millions de voix en 2017 le prouvent également.

Sa ratatouille idéologique qui emprunte à tous les registres, qui entretient la confusion, qui est à la fois habile et obscène, risque d'être très indigeste dans 8 mois. Elle paye le train aux jeunes, mais "pas aux heures de pointe". Elle dénonce "la dictature de l'UE", mais souhaite y demeurer. Rusée, elle reprend la position de Michel Barnier sur la supériorité du droit français sur le droit européen. Certes, les néolibéraux macronistes vont hurler contre les néolibéraux nationalistes. Mais ce sont tous des néolibéraux. Refuser le piège que constitue la lutte entre "globalistes" et "nationalistes" est une condition indispensable à une analyse lucide de la situation politique. 

Ce qui a permis Trump, Orban, Johnson, Kaczynski, Salvini, Le Pen... c'est (outre évidemment la construction implacable du néolibéralisme) la défaite du socialisme "réellement existant" et l'abandon par la social-démocratie du combat pour la justice sociale et son ralliement au néolibéralisme. Les victimes du néolibéralisme sont ainsi promenées entre deux courants néolibéraux qui font croire que l'opposition de "valeurs" (substitut à l'affrontement social) est l'enjeu central du jeu politique. "La présidentielle sera un choix de civilisation" nous dit Le Pen. La guerre "des valeurs" permet au capitalisme de diviser et de régner. 

 "En France, les Français ont le droit de vivre comme des Français. Les délinquants seront mis hors d'état de nuire, les délinquants français en prison, les étrangers dans l'avion". Vers où ? On ne saura pas.

Mais gare aux "Talibans de l'intérieur"  qui oppriment les femmes, celles-ci seront libérées du "joug obscurantiste". Mais quelle est donc la politique fiscale que propose Le Pen ? Soyez certains qu'elle sera favorable aux riches. Comme Trump qui voulait chasser les Mexicains "voleurs, violeurs et assassins" pour mieux servir les siens, les milliardaires américains, avec les voix d'une fraction des classes populaires.

Thatcher avait su conjuguer les deux courants du néolibéralisme, casse du welfare state, privatisation, sauvagerie contre les syndicats et retour des valeurs conservatrices, patriarcat, religion, nationalisme (guerre des Malouines). "Foi, famille, liberté" comme le dit le slogan de la droite chrétienne étasunienne.

Marine Le Pen tente aussi de concilier les ingrédients : "les libertés" pour le modernisme capitaliste et la liberté du marché, charge contre les "prétendues féministes", haro contre les envahisseurs islamistes, les noirs, les LGBT, etc. Les valeurs hideuses sont présentées comme des "libertés". En fait, libertés d'être homophobe, raciste, islamophobe, antiféministe, antisyndicaliste...

Et que nul ne se trompe, au Texas ou en Pologne les amis de Marine Le Pen sont à l'offensive contre le droit à l'avortement et c'est un signal politique d'une extrême gravité.

Il serait temps pour la gauche de transformation de démasquer et de déconstruire le discours néolibéral/néofasciste autrement qu'avec des postures morales.

 

Antoine Manessis

 

PS :

Nancy Fraser, philosophe et politologue étasunienne progressiste, utilise le concept gramscien d'hégémonie et renvoie les deux tendances néolibérales à un bloc hégémonique formant un duopole politico-idéologique. Une piste à creuser nous semble-t-il.

 

 

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