Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

     

L'incrédulité de Saint Thomas - Caravage

                                  

 

Le propre de l'esprit sectaire est d'évacuer le réel.

La secte est une construction verbale qui manipule des entités conceptuelles vides de réalité. Et qui capte le besoin de croire. La croyance n'étant pas de l'ordre de la raison mais de la foi, nul besoin de voir pour croire.

Évacuer le réel, tellement gênant avec ses contradictions et sa complexité, pour se réfugier dans une identité communiste et/ou révolutionnaire évidemment fantasmée, est le refuge des derniers des Mohicans.

Ce qui peut paraître simplement pathétique est hélas aussi politiquement dangereux.

La bourgeoisie est plongée dans une "crise organique" et son hégémonie chancelle parce que les grandes masses n’y croient plus. La classe dominante n’est plus dirigeante, elle n’est plus en mesure de créer du consentement. "L’État c'est le consentement + la coercition" écrivait Gramsci. C'est bien ce à quoi nous assistons : l'élargissement du champ de la coercition et le rétrécissement du consentement face à la rupture entre les masses populaires et l’idéologie dominante.

D'un autre côté, l'alternative progressiste et populaire à la crise n'a pas un caractère d'évidence dans la conscience populaire. Sa crédibilité de masse n'est pas acquise. Défauts d’organisation, divisions, faiblesses théoriques, atomisation du prolétariat... Nul défaitisme dans le constat. Au contraire, il devrait encourager à soutenir ce qui peut tendanciellement aller vers la construction de cette alternative.

"Crise d’autorité",  "indifférence morale", "les jeunes semblent ne plus croire en rien et ne sont motivés que par l’espoir du gain. Les gens fuient la réalité pour se réfugier dans des illusions réconfortantes, faute de pouvoir supprimer la crise dans la réalité, ils suppriment la réalité elle-même" affirmait Gramsci. Ces phénomènes ne sont pas les causes de la crise mais ses effets. Mais en même temps, comme le disait encore Gramsci, la crise et ses effets "forment les conditions les plus favorables pour une expansion du matérialisme historique".

C'est donc dans cet entre-deux que nous nous trouvons. Et où certains se perdent.

En effet certaines sectes affirment: "Sa candidature (celle de Marine Le Pen) comme celle de Mélenchon s’est usée au fil du temps",  "Mélenchon est grillé et les Insoumis, coucous sur nos circonscriptions historiques, vont disparaître", " le succès économique des communistes chinois sérieux et responsables démontre toute la valeur de nos idéaux", "La Russie de Poutine est de retour avec une armée rouge reconstituée et performante en alliance étroite avec les camarades chinois", "Fabien enfin exprime un anti-capitalisme très argumenté contre les riches". D'autres affirment que "Fabien Roussel s’affichant aux côtés de policiers factieux et réclamant l’expulsion des migrants en situation irrégulière" est "un vulgaire réformiste, euro-constructif ". Que la France est menacée par les "euro-régionalismes racistes comme en Alsace", les "différentialismes véhiculés par une «gauche radicale» inspirée de travaux universitaires -d’origine anglo-saxonne" - une phrase que pourrait signer Blanquer ou Vidal- et que "la campagne" de la secte en 2022, "(est) la seule en mesure d’en finir avec la droite réactionnaire et fascisante, mais aussi avec toutes les forces de dissolution de la République". Une campagne "qui commence à se voir (sic)"...

Évidemment, rien de ce qui est ainsi (contradictoirement) affirmé ne correspond à la moindre réalité. Pour paraphraser Gramsci, les sectes "faute de pouvoir supprimer la crise dans la réalité, suppriment la réalité elle-même."

La vérité, c'est que l'impuissance et la désagrégation sont les châtiments de cette négation de la réalité. Mais, plus gravement, elle contribue à affaiblir la seule candidature de gauche, celle de Jean-Luc Mélenchon, ayant un rayonnement de masse et susceptible de préserver un espace politique au combat émancipateur dans notre pays et même de vaincre.  En 2017 il en avait fallu de très peu pour que JLM soit présent au 2e tour de la présidentielle. C'est une lourde responsabilité que de ne pas contribuer à une dynamique politique et sociale qui pourrait changer la donne politique de notre pays et peser sur les rapports de forces idéologiques dans l'Europe et même au-delà. La jouer petit-bras, borné et tripatouilleur, quand le feu menace la maison n'est pas une erreur mais une faute politique.

 

Antoine Manessis

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :