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                                               Pérou : le président Pedro Castillo

 

50,2% pour Pedro Castillo le candidat de gauche radicale, 49,8 pour Keiko Fujimori la candidate de l'ultra-droite: 70.000 voix les séparent. Autant dire que les deux camps se préparent à se battre, les uns pour imposer le choix démocratique, les autres pour en contester la validité. Fujimori, en criant à la fraude dès lundi, lendemain du vote, n’a apporté aucun élément pour étayer ses accusations. On peut comprendre sa panique : elle risque de retourner en prison, où elle a déjà passé seize mois. Le parquet a requis contre elle trente ans de prison pour corruption.

Déjà les fujimoristes organisent des bandes de choc et attaquent les militants de gauche. Des appels à l'armée sont lancés ça et là, comprendre à droite, pour empêcher Castillo d'accéder à la présidence du pays avec pour mot d'ordre "Communisme non, démocratie oui". Pour contrer la réaction oligarchique des citoyen-nes organisent des "viellées pour défendre la démocratie" et la victoire de Pedro Castillo. Evo Morales a déjà salué Castillo, "le frère et camarade du lutte" pour sa victoire.

Le Pérou, comme la Colombie, est une position stratégique pour les Etats-Unis et son dispositif de domination de l'Amérique Latine. Contre le camp progressiste latino-américain et le concurrent  chinois qui monte en puissance dans le Pacifique. Un élément central et inquiétant pour la suite des événements.

N'oublions pas non plus que pendant 10 ans (1980 à 1990) eut lieu le "conflit armé péruvien " où des organisations de guérillas urbaine (MRTA) et paysanne (SL) s'affrontèrent avec l'armée. Cette "guerre" a fait 50 000 victimes, dont une très grande majorité provoquée par les opérations de l'armée péruvienne et de ses auxiliaires paramilitaires. Par la suite le pays subit également la dictature corrompue, autoritaire et néolibérale d'Alberto Fujimori, père de l'actuelle candidate de la droite extrême, soutenus tous deux par l'oligarchie péruvienne et les Etats-Unis.

Cela pour expliquer que la victoire de la gauche radicale n'est pas une surprise mais s'enracine dans une longue histoire. Quant à la gauche péruvienne de Castillo elle est, elle aussi, un produit des traditions et des mentalités nationales. Ainsi si elle s'enracine dans la lutte pour l'égalité et la justice sociale (Castillo a annoncé la nationalisation des ressources naturelles du pays afin de financer l’éducation, la santé et la lutte contre la pauvreté), elle fait preuve de positions réactionnaires en phase avec l’électorat péruvien, extrêmement conservateur sur les thèmes de société (opposé à l’égalité de genre, anti-avortement, anti-euthanasie et pour le rétablissement de la peine de mort). Sans doute l'influence d'un intégrisme catholique (religion d'Etat jusqu'en 1979) et des églises évangéliques (un dixième de la population du Pérou).

Voilà pourquoi quand Les Echos ou France culture titrent  sur la possible victoire d'un candidat "d'extrême-gauche" au Pérou, les choses ne sont pas aussi simples ni transposables avec les positionnements hexagonaux. Même si Castillo ne cache pas son soutien aux gouvernements progressistes du Venezuela, de Cuba et du Nicaragua. 

Reste que cette victoire est un formidable encouragement pour toutes les luttes des peuples d'Amérique Latine où elles sont intenses et nombreuses. Et d'ailleurs...

 

Antoine Manessis.

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