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                                                                      Ebrahim Raïssi

 

Ebrahim Raïssi, chef de l’autorité judiciaire, âgé de 60 ans, fait figure de favori du fait de ses liens étroits avec le guide suprême Khamenei. Ce qui signifie le soutien de l'Etat profond iranien, une oligarchie qui contrôle l'économie privatisée à son profit et par ailleurs très conservateur sur le plan culturel. Khamenei a permis à des entreprises affiliées aux Gardiens de la révolution à acheter des sociétés d'État à des taux inférieurs au marché et a dirigé des contrats gouvernementaux lucratifs. Les GR sont devenus une puissance commerciale de plusieurs milliards de dollars qui comprend des centaines d'entreprises. Ceux-ci emploient directement des centaines de milliers d'Iraniens, et des millions d'autres dépendent indirectement d'eux pour leur subsistance. Raïssi a siégé au conseil d'administration de Setad, une société holding sous le contrôle de Khamenei qui détient des intérêts dans les secteurs pharmaceutique, immobilier, des télécommunications et de l'énergie en Iran et possède des actifs de quelque 95 milliards de dollars.

 Le président a des prérogatives limitées en Iran, où l’essentiel du pouvoir se trouve aux mains du Guide suprême. Mais c'est sans doute le projet à venir : que Raïssi remplace Khamenei à la mort du guide.

Le mécontentement et la défiance vis-à-vis des autorités s’expriment de plus en plus ouvertement face à la grave crise économique et sociale provoquée par le rétablissement des sanctions américaines ayant suivi la sortie des Etats-Unis de l’accord de Vienne décidée par D. Trump. On se souvient qu'à l’hiver 2017-2018 et en novembre 2019, deux vagues de contestation parties de revendications socio-économiques des classes populaires ont été violemment réprimées.  La prédation de l'oligarchie iranienne ajoutée aux effets des sanctions étasuniennes, qui n'avaient d'autre but que le renversement du régime capitalisto-théocratique, ont créé une situation sociale extrêmement tendue.

Raïssi est aussi l’incarnation de la répression des manifestations démocratiques dit Mouvement "vert" en 2009, et son nom est associé aux exécutions massives de détenus de gauche en 1988 où nombre de cadres et militants du parti Toudeh ont été pendus (on estime à 5000 le nombre de communistes ainsi assassinés). En 1988, en tant que procureur, Raïssi  s'est occupé des exécutions massives de prisonniers politiques (communistes, moudjahidines du peuple etc).

Biden peut vouloir jouer une autre carte que celle de l'attaque frontale et chercher à réintégrer les accords de Vienne. Les Iraniens souhaitent sans doute vouloir que le nœud coulant américain se desserrer. Une possibilité de détente est envisageable dans la mesure où l'oligarchie des Mollahs garde ses privilèges et qu'en échange les États-Unis obtiennent  que les interventions géopolitiques de l'Iran ne heurtent pas les intérêts de l'Empire. 

Les progressistes ne peuvent pas faire abstraction de la nature du régime obscurantiste, terroriste et capitaliste de Téhéran, ni des manœuvres criminelles des impérialismes. La fragilité de l'axe Moscou, Téhéran, Damas tient à la nature capitaliste de ces pays et il ne peut être confondu avec un arc progressiste lorsqu'une des composantes était l'Union Soviétique. Cela étant il faut savoir discerner l'ennemi principal, ici et maintenant, et la réponse n'est pas forcément la même ici ou là-bas...ou encore ailleurs. L'anti-impérialisme doit être conjugué, avec clarté, en fonction des impératifs politiques et historiques concrets et non de théories. La Grande alliance anti-nazie en est la preuve, les résistances nationales anti-fascistes aussi. Essayons de saisir les contradictions et de faire avec dans la meilleure direction possible.

Au-delà donc des "élections" présidentielles - il faudra tenter de connaître le réel niveau d'abstention -  la tâche la plus urgente des forces progressistes en Iran est de travailler ensemble pour préparer le terrain et pour mettre fin une fois pour toutes au régime théocratique, afin d'ouvrir la voie à un changement démocratique fondamental et durable.

 

Antoine Manessis.

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