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La droite(LR) en déconfiture? Certes, nous l'avons déjà dit, prise en étau entre le RN et LREM, elle a du mal à se positionner.

Une fraction d'entre elle reprend le discours du RN mais à son compte. En essayant de se démarquer des lepénistes tout en parlant comme eux...exercice compliqué. Eux rêvent d'une droite autonome.

Une autre fraction, poussée par un bon tiers de l'électorat de droite, se demande bien pourquoi on ne s'entendrait  pas avec le RN. Celui-ci a changé...même Julien Dray le reconnaît...La dédiabolisation autorise la collaboration.

D'autres encore, si proches de la macronie, rêvent d'une entente avec elle. Plusieurs sont passés aux actes: Gérald Darmanin, Jean Castex, Bruno Lemaire, Edouard Philippe, Roselyne Bachelot...

Reste que la droite existe. En 2017 malgré le boulet des affaires, entre emploi fictif et costards payés par "des amis", François Fillon est le 3e homme de la présidentielle avec 20% des suffrages exprimés. Ce rappel ne peut qu'effrayer Macron qui n'est pas certain d'être au second tour et qui doit détruire ses potentiels adversaires de droite et de gauche afin de les affaiblir suffisamment pour  lui permettre a) de passer le 1er tour et b) d'avoir Marine Le Pen au second face à lui. Il est encore convaincu de pouvoir la battre ce qui est possible mais certainement pas certain. 

En tous les cas ce socle de 20% s'il n'est pas intangible reste un sujet de préoccupation pour les autres forces politiques. Mais encore faut-il que la droite trouve un candidat et un positionnement qui lui permette de rassembler son camp. Là réside une difficulté majeure: rassembler son camp peut se traduire par un discours droitier mais là se pose immédiatement le problème RN. Autre option: un positionnement "juppéiste"- droite européiste, moderne, très MEDEF - mais avec une telle similitude avec Macron que l'intégration, l'absorption devrait-on dire, de cette droite dans la macronie est quasiment inévitable.

Alors? On le voit les deux mâchoires de l'étau sont toujours là. Pourtant une autre voie est théoriquement envisageable: celle qui trouve ses racines dans le catholicisme social, le gaullisme social, tel que Philippe Séguin(1943-2010) l'a incarné à un moment, en se faisant l'une des voix les plus marquantes et talentueuses contre le Traité de Maastricht. Ce courant est d'ailleurs associé à une volonté affirmée d'indépendance nationale de la France symbolisée par la politique extérieure du général de Gaulle (équilibre Est/Ouest, discours de Phnom-Penh, reconnaissance de la RP de Chine ou encore sortie du commandement intégré de l'OTAN). et possède donc une dimension eurosceptique. Notons à ce propos que Fillon qui est celui qui ressemble le plus à ce courant a été désigné par une primaire de la droite, ce qui démontre sa prégnance.

Certes Henri Krasucki disait de Philippe Séguin "qu’il est pieds et poings liés par le grand capital" ce qui est sans doute polémique mais difficilement contestable. Cela dit, à l'image de ce courant bonapartiste (Séguin a écrit une biographe de Napoléon III...) ceux qui animaient cette tendance de la droite voulait conserver une base populaire et exprimaient une relative autonomie vis à vis du capital. Ce courant était une expression (au moins depuis 1945) du fameux "compromis gaullo-communiste" de la Libération, en tous les cas d'un rapport de forces particulier.

Et c'est sans doute ce qui explique qu'il ne parvienne plus à s'actualiser et à s'affirmer aujourd'hui au sein de la droite française.

Le compromis n'est plus à l'ordre du jour.

Le seul domaine où puisse encore s'exprimer ce courant est sans doute la politique étrangère ( On apprend que François Fillon, qui avait condamné les sanctions contre la Russie qu'il avait qualifié de "stupides et illégales" , ancien bras droit de Séguin, devrait représenter la Fédération de Russie au sein de la société publique Zaroubejneft, un groupe pétrolier. F. Fillon confirme qu’on lui a "proposé de siéger au conseil d’administration de plusieurs sociétés russes"). Même Macron, à l'échine pourtant souple devant le tuteur étasunien, tente de faire entendre une voix différente à celle de l'Empire au moins concernant le dossier chinois.

La disparition, l'abandon de cette stratégie par la droite, qui serait sans doute le seul moyen de desserrer l'étau RN/Macronie, vient donc du fait qu'aucune force bourgeoise n'ose se positionner ainsi par rapport au capital. La marge de manœuvre des fondés de pouvoir ne va semble-t-il pas jusque là. Il ne reste à la droite qu'à espérer un accident électoral (l'abstention est porteuse de surprises) ou à choisir son cercueil.

 

Antoine Manessis.

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