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                                 Un bureau de vote en 1891. Peinture d'Alfred Bramtot (1852-1894)

 

Abstention. Massive, incontournable. Et pourtant, le soir même du vote, l'abstention est contournée par les politicards des droites et de la gauche bourgeoise (LR, PS, RN, LREM, EELV...). Consternante est cette capacité à l'auto-aveuglement et à cette incapacité à lire le réel, à le nier. Enfermés dans une crise organique*, par définition  multidimensionnelle et d'une grande profondeur, les partis jusqu'alors dominants désormais enfoncés à 70% dans les sables mouvants continuent leurs rengaines ineptes comme si de rien n'était, s'enfonçant ainsi encore plus. 

Quant à répondre au pourquoi de cette abstention de masse et sa signification politique, les partis sont mutiques. Certes ils mettent en cause certains aspects de la question (date des élections, information des citoyens sur les compétences des assemblées régionales et départementales, scandaleuse privatisation de la distribution des professions de foi...) mais rien sur les causes profondes de cette véritable sécession démocratique et populaire. 

Démocratique car le refus de masse de participer à un théâtre d'ombres, à un faux-semblant, à des simagrées électorales, démontre "qu'en bas l'intelligence progresse" comme le dit Emmanuel Todd. C'est-à-dire que le peuple a conscience que la France est engagée dans une période de baisse du niveau de vie et du pouvoir d’achat et que cela est le résultat des politiques suivies par les gouvernements depuis plus de 20 ans qu'ils soient sociaux-démocrates ou de droite. Pourquoi donc face à cette politique unique choisir celui qui nous mettra des coups en nous mentant qui plus est. L'abstention a donc un caractère démocratique incontestable. Elle porte l'exigence d'une VIe République tel qu'esquissée par Mélenchon.

Populaire car ce sont les classes et catégories populaires qui subissent et donc comprennent le mieux les résultats des politiques suivies par les Sarkozy, Hollande et autres Macron. Politiques que l'on retrouve d'ailleurs dans tous les pays d'Europe puisque mises en musique et imposées par le grand capital au travers des institutions de l'UE (BCE, Commission européenne, parlement croupion etc) et de leurs relais nationaux. Soulignons que les jeunes, en particulier des milieux populaires, sont en pointe dans l'abstention (87% chez les 18-25 ans).

Cela n'étonnera que les hypocrites ou les imbéciles. Un seul exemple devrait suffire à faire comprendre l'ensemble de la mécanique : le département de la Seine-Saint-Denis est le plus pauvre de France, là où les jeunes souffrent le plus et sont le plus massivement au chômage, là où toutes les discriminations s'expriment le plus durement, là où la pandémie du Covid a eu le taux de mortalité le plus élevé du pays. Et là où l'abstention a été la plus forte. Comment s'étonner de cette forme de protestation qu'est l'abstention quand les gouvernements du bloc bourgeois s'abstiennent quant à eux de régler les difficultés du peuple et même aggravent celles-ci par leur politique au service des plus riches

La lutte des classes en France explique avec limpidité le niveau d'abstention. Mais cela ne veut pas dire que que si l'abstention s'explique par l'abandon et la non représentation des classes populaires, ce soit le nec plus ultra de l'expression politique. Car sa signification est double : protestation contre une situation de fait mais aussi sorte de retour au vote censitaire* qui exclut encore davantage les catégories populaires.

Passons brièvement aux leçons politiques de cette abstention. A part les causes précédemment évoquées sans doute la seule leçon est qu'il n'y en a pas. Ceux qui concluent au retour de la droite et du PS, à l'effondrement du RN, à la deuxième baffe de Macron, à la mort politique de Mélenchon, à l'enracinement d'EELV etc sont des escrocs ou des crétins: on ne peut rien tirer d'un suffrage auquel n'ont participé que trois Français-es sur dix. Que des vieux (comme moi) soient allés voter par réflexe conditionné en cautionnant les élus sortants par une sorte d'habitus légitimiste ne signifie rien. Non seulement il n'y a pas de leçons de ce type mais on peut raisonnablement s'interroger sur le caractère de représentativité démocratique de gens élus avec 8 ou 10% des inscrits et qui semblaient aux anges hier soir comme Carole Delga en Occitanie ou Laurent Wauquier en Rhône-Alpes. Indécence et arrogance de carriéristes. 

Notons aussi que l'abstention a touché les électorats de tous les partis y compris le RN et que la "normalisation" des néo-fascistes est un couteau à double tranchant pour eux, surtout quand la droite se lepénise.

Quant aux supposées dynamiques de deuxième tour, il faut les chercher à la loupe. On en trouvera sans doute dans quelques cantons du Gard ou du Nord mais rien de significatif politiquement hormis pour les heureux élus. On pourra toujours se féliciter que Muselier ait battu Mariani - au prix d'une disparition des élus de gauche en PACA - ou saluer Roussel pour son visionnaire "PCF is back" dans le Val de Marne...

Quant au RN il est toujours menaçant, la droite de plus en plus extrême aussi, LREM de Macron toujours aussi inexistante mais est-ce un problème pour le président? Bref rien n'a changé si ce n'est une hystérisation de plus en plus violente de la campagne contre Jean-Luc Mélenchon.

Commencée entre les deux tours avec les interventions de deux clowns du PS, Valls et Huchon contre JLM et la FI, elle s'est poursuivie durant la campagne et se poursuit depuis hier soir avec "bruit et fureur". La droite et le PS en tête, c'est feu à volonté contre Mélenchon. Si une femme ou un homme de progrès hésitait pour 2022, les discours des droites et de la gauche de droite sont là pour nous indiquer pour qui voter. Tant de haine déversée sur un homme, à coup sûr cela mérite notre attention et notre soutien. La FI a remplacé le PCF dans l'image de "l'ennemi de l'intérieur", de "l'islamo-gauchiste", du pestiféré de la République. 

Des socialistes préfèrent la droite à Mélenchon. Comme la présidente d'Occitanie C. Delga pour qui "Mélenchon est sorti du cadre républicain". Et il suffisait d'entendre Najat Vallaud-Belkacem sur France 2 hier soir pour saisir l'effroi qui frappe cette engeance à l'énoncé du nom de l'insoumis. Du coup on comprend aussi pourquoi les listes "unitaires de gauche" n'ont provoqué aucune dynamique : comment prendre au sérieux ces alliances de circonstances, qu'on peut certes comprendre, mais auxquelles il est impossible de croire. 

Comme il est presque drôle d'entendre Xavier Bertrand expliquer qu'il choisit un communiste plutôt qu'un RN quand son copain, l'honnête Jean-François Coppé, dénonce la "gauche" qui ne clarifie pas sa position face à l'extrême-gauche soit...Mélenchon ! Ah si toute la gauche avait le courage de Valls et Huchon nous aurions tous voté pour la droite chaque fois qu'un FI pointait son nez sur une liste. Franchement comment ne pas au moins comprendre les abstentionnistes ? Mais laissons Coppé et ses pains au chocolat volés par des petits Arabes aux petits Français et mettons nos masques rien qu'en pensant à ces gens-là.

Un  petit mot pour conclure et se détendre avec nos amis "marxistes-léninistes" qui appellent depuis 17 ans à "l'urgence vitale" - dont ils ont donc une notion très relative - de reconstituer un parti communiste issu des vapeurs du passé, vieille réponse pour situation nouvelle..."Lénine réveille-toi, ils sont devenus fous". 

 

Rien n'est joué. L'union du peuple, "le peuple c’est surtout la classe immense du pauvre" (Collot d'Herbois),  autour de la candidature de JL Mélenchon reste notre seule porte vers un avenir plus juste et plus digne. Les violentes attaques et la campagne anti- Mélenchon du bloc bourgeois et de ses médias déchaînés, nous confirment le bon chemin.

 

Antoine Manessis.

 

* Une "crise organique" est une crise d’ensemble, de l'Etat dans son ensemble (économique, politique, sociale, éthique) qui manifeste les contradictions fondamentales que les classes dominantes ne peuvent résoudre avec leur méthodes habituelles (ce qui les met en crise en leur propre sein). Dans ce genre de contexte, s’ouvre une période de questionnement historique global, et non seulement partiel, qui les fait chanceler, fracturant en particulier leur relation habituelle avec leurs bases. Celles-ci tendent à sortir de leur acceptation passive des idées et politiques dominantes et faire surgir de "nouvelles formes de pensée". Dans les termes de Gramsci, la crise organique c’est le moment où la combinaison Etat-société civile, ou coercition-consentement, se grippe. Une crise organique se produit lorsque cette prétention bourgeoise à l’universalité commence à s’effriter, et que des affirmations auparavant hégémoniques sont révélées pour ce qu’elles sont vraiment : des moyens d’assurer la stabilité capitaliste. Le consensus social, en d’autres termes, se détériore et les revendications capitalistes ne semblent plus correspondre au bien-être général. C’est alors que des "symptômes morbides" ou des situations révolutionnaires peuvent apparaître.

* Le suffrage censitaire était le mode de suffrage dans lequel seuls les citoyens payant l'impôt (le cens) pouvaient voter. Donc le vote était réservé aux riches. Il faudra attendre 1848 en France pour le suffrage universel masculin et 1944 pour le suffrage universel.

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