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Dans un an l'élection présidentielle sera au centre de la vie nationale.

Les puristes auront beau dénoncer l'électoralisme, l'élection "piège à cons", son résultat sera décisif dans le rapport des forces politiques. Même si nous ne contestons pas l'illusion démocratique que sont les élections dans un système institutionnel et un cadre idéologique bourgeois, il n'en n'est pas moins vrai que le cadre des batailles à venir, y compris sociales, est donné par le résultat des élections - ou du moins y contribue d'une manière centrale. 

L'abstention a de légitimes arguments qu'il ne faut pas nier d'un revers de la main en citant Lénine à qui, d'ailleurs, l'on peut faire dire tout et son contraire. Sans fétichiser le vote, ni tenir un discours moral contre l'abstention, nous devons tenter de voir son utilité pour les classes populaires.

Il se trouve que nous sommes en France, ce qui historiquement et politiquement signifie quelques chose de ce point de vue. Si l'abstention populaire est forte, elle a bien un sens politique.  Mais à notre avis elle est d'abord l'expression d'une absence de perspective et d'alternative, beaucoup plus que la dénonciation du caractère formel et trompeur des élections bourgeoises. Rappelons ces lignes écrites par Gramsci et adressées à Togliatti : "... aujourd'hui, neuf ans après octobre 1917, ce n'est pas le fait de la prise du pouvoir par les bolcheviks qui peut révolutionner les masses en Occident... aujourd'hui ce qui a un impact idéologique et politique, c'est la conviction (si elle existe) que le prolétariat, après avoir pris le pouvoir, peut construire le socialisme". Voilà, nous semble-t-il,  ce qui nous manque et ce qu'exprime l'abstention prolétarienne: l'absence de la conviction que le TINA* de Thatcher est un énorme mensonge.

Le caractère, nous l'avons déjà souligné, censitaire de l'abstention fait incontestablement les affaires de la bourgeoisie. Le suffrage universel date de 1944 et il est difficile de prétendre qu'il fut octroyé sans problème par les classes dirigeantes. Comme tous les droits pour le peuple d'ailleurs. 

De plus, pourquoi opposer les formes d'action politique? Elles ne s'excluent pas mais s'additionnent. Nous avons déjà dit que le vote Mélenchon pour lequel nous nous sommes prononcé n'a de sens qu'intégré dans une dynamique politique et sociale que sa victoire pourrait favoriser. Qui peut nier que la victoire électorale du Front Populaire en 1936 ou le score des gauches à la Libération, n'ont pas, pour le moins, favorisé les conquêtes sociales et démocratiques de ces deux périodes ? "Lotta + Vota" comme disait le PCI. 

A l'heure où la bourgeoisie a pour objectif de créer en France une situation politique "à l'italienne", c'est-à-dire annihiler la gauche, l'éliminer du parlement, on doit réfléchir sur les conséquences politiques de notre attitude. Car l'Italie nous montre bien que l'absence de relais aux assemblées contribue à briser toutes les gauches, y compris celles qui sont traditionnellement extra-parlementaires.

Il est donc important, nous semble-t-il, pour les années à venir que la gauche soit présente au deuxième tour des présidentielles.

 

Or, la probable candidature de Fabien Roussel (PCF) enclenche un processus destructeur pour la gauche. Personne, même pas lui, ne peut croire que cette candidature est utile aux travailleurs. C'est pourquoi d'ailleurs ceux-ci ne votent plus pour le PCF depuis un bon bout de temps. Dommage de ne pas s'en apercevoir et croire que la magie d'une candidature du PCF changera quoi que ce soit à une donnée historique, sociale, idéologique et même anthropologique. 

 

A partir de chiffres des sondages (plus ou moins sérieux à un an des présidentielles) et de notre connaissance commune des rapports de forces on peut décrire à très gros traits, à la louche, on en convient, un paysage politique très éclaté :

Roussel 3%, LO 1%, Poutou 2%, EELV 8%, PS 8%, JLM 13%, Le Pen 25%; Macron 25%, Droite/LR 15%.

Un tel résultat nous plongerait dans une situation à la transalpine catastrophique pour le mouvement populaire.

Or, si la candidature de JLM n'est pas concurrencée à gauche, ne reste contre lui, se réclamant plus (PS) ou moins (Jadot) de la gauche que EELV et le PS. Or leur électorat est friable, hétérogène. Ce qui veut dire qu'une dynamique autour de Mélenchon peut, à partir de différentes approches (environnement, question sociale, UE, politique internationale....), agglomérer ces électorats pour lui permettre d'être présent au second tour. D'autant qu'il peut aussi capter une partie de l'électorat du RN sensible à la question sociale et à la question nationale. JLM est sans doute le plus apte à faire la synthèse sociale, républicaine et patriotique dans la lignée de Jaurès. Et le plus à même de mettre en synergie, en convergence cette tradition de classe avec les revendications de genre, de race : jeunes racisés faisant l’objet de violence policière, homosexuels stigmatisés, femmes victimes de violences sexuelles, etc. 

 

Bref, la présence et la victoire de la gauche au deuxième tour n'est pas une fable. Encore faut-il contribuer à créer les conditions qui permettraient une telle perspective et ne pas lui tourner le dos avec des considérations médiocres. Certes c'est un chemin complexe, rude, difficile et ardu. Mais y en a-t-il un autre? Rien n'est inéluctable sauf le combat. Et comme le disait Karl Marx " Ce serait évidemment fort commode de faire l’histoire, si l’on ne devait engager la lutte qu’avec des chances infailliblement favorables."

 

Antoine Manessis

 

 

* TINA: There Is No Alternative (Il n'y a pas d'alternative) au capitalisme. Expression popularisée par Margaret Thatcher, Première ministre conservatrice, néolibérale de combat.

 

  

 

 

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