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Gramsci n'est pas aimé des dogmatiques.

Ce qui est normal. L'homme qui a écrit "La révolution des bolcheviks est la révolution contre Le Capital de Karl Marx", ne peut être apprécié par ceux qui confondent le marxisme et le Vatican. Ils le trouvent opportuniste. Sa mort dans les geôles fascistes l'a protégé d'accusations plus virulentes encore. Ce que Gramsci disait, c'est que l'orthodoxie économiste de la IIe Internationale dominante dans le mouvement socialiste international était erronée. Il poursuivait "Et pourtant, il y a aussi une fatalité dans ces événements et si les bolcheviks renient certaines affirmations du Capital, ils ne sont pas "marxistes", voilà tout, ils n’ont pas compilé dans les œuvres du maître une doctrine extérieure faite d’affirmations dogmatiques et indiscutables. Ils vivent la pensée marxiste, celle qui ne meurt jamais." Voilà ce que ne supportent pas les dogmatiques ni ceux de la IIe Internationale, ni ceux du Komintern, ni ceux d'aujourd'hui.

Gramsci n'est pas aimé des sectaires.

Amedeo Bordiga, co-fondateur avec Gramsci du PCI et son premier dirigeant, s'est opposé à Gramsci et à la nouvelle ligne de l'Internationale communiste du VIIe congrès prônant le Front populaire anti-fasciste. Les descendants de Bordiga continuent d'accuser franchement ou à demi-mots Gramsci de révisionnisme. Et oui, pour ces gens-là la critique et l'auto-critique, la prise en compte du réel c'est du révisionnisme. Les sectaires ne s'unissent  qu'à ceux qui sont d'accord avec eux. Ce qui évidemment réduit leurs possibilités...Ainsi on peut lire que si JL Mélenchon n'annonce pas le frexit et probablement la dictature du prolétariat il n'aura pas leur soutien. Le pauvre il doit trembler d'autant plus qu'il est menacé de candidatures authentiquement estampillées "marxiste-léniniste" dont pourtant tous savent qu'elles ne verront jamais le jour. Mais mieux vaut se ridiculiser qu'accepter des faits qui donnent tort à la secte.

Gramsci n'est pas aimé des doctrinaires.

La recherche de voies nouvelles, d'une stratégie adaptée au pays capitalistes avancés, bouscule les disques rayés qui se prennent pour des léninistes en ressassant ad nauseum les mêmes litanies vides de toute réalité concrète. Ceux qui prononcent des mots sachant que personne ne les entend. Qui pondent des programmes que nul ne lit. Qui lancent des appels et font des déclarations connus uniquement par eux-mêmes. Qui font des journaux et des tracts illisibles tant leur forme archaïque reflète "les âmes mortes" de la religiosité pseudo-révolutionnaire. Nier l'importance politique de la forme, c'est simplement s'isoler et se condamner à ne pas convaincre. On sait que Lénine considérait le cinéma comme l'art le plus important faisant preuve d'une vision prospective. On sait que le PCF fit réaliser le film La vie est à nous par Jean Renoir qui n'était pas communiste, loin de là. Bref c'est en tenant compte des règles de la communication contemporaine que l'on élargit son audience et non en faisant des journaux que les militants eux-mêmes n'osent pas diffuser.

Gramsci et le Parti.

 Concevoir la conception du Parti, le "Prince moderne" - en référence à Machiavel -,   que développe Gramsci comme une forme grossière de despotisme de la direction du Parti, est tout à fait erroné et lui faire dire ce que disent les brochures jdanoviennes les plus primaires. C'est une falsification de sa pensée . Ce qu’il voulait c’était "un parti des masses qui, par leurs propres efforts, luttent pour leur libération de la servitude politique et industrielle, de façon autonome à travers l’organisation de l’économie politique et non d’un parti utilisant les masses au service de ses propres efforts héroïques visant à imiter les Jacobins français". Il voulait une unité dialectique entre la “spontanéité” et la “direction consciente”. Ce qui est "l’action politique des classes subalternes, dans la mesure où il s’agit d’une politique des masses et non d’une aventure de groupes qui prétendent représenter les masses." On peut absolument affirmer que la vision de Gramsci n’était nullement celle d’un parti d’avant-garde oligarchique et hautement centralisé mais bien d’un parti de masse avec une base large, qui consolidait les éléments les plus combatifs et critiques de la société, en particulier provenant de la classe ouvrière, un parti "enraciné dans la réalité sociale de tous les jours et lié à un large réseau de structures populaires (par ex. les conseils d’usine et les soviets)". Gramsci a cherché et souligné la tension fondamentale entre le besoin de préserver la démocratie du parti et la nécessité de construire une organisation de combat. Ne pas tenir compte de cette dimension centrale de la pensée de Gramsci c'est la noyer dans les marécages d'un dogmatisme sans vie et sclérosé.

Gramsci, "Le pessimisme de l'intelligence et l'optimisme de la volonté".

Wilhelm Reich (1897-1957 psychanalyste et communiste allemand. Auteur du remarquable Psychologie de masse du fascisme) écrivait "Nous (le KPD) présentions aux masses une analyse historique superbe et des traités d’économie sur les contradictions de l’impérialisme tandis que Hitler remuait les racines les plus profondes de l’être émotionnel. Comme l’aurait dit Marx, on a laissé la praxis du facteur subjectif aux idéalistes."

Comprendre ce que nous dit W. Reich c'est "le pessimisme de l'intelligence". Quant à "l'optimisme de la volonté", il ne signifie absolument pas un quelconque volontarisme cherchant à caser la réalité dans un schéma théorique. Laissons cela à d'autres qui donnent comme choix enthousiasmant, hors contexte insurrectionnel, "la victoire ou la mort"... L'optimisme de la volonté c'est au contraire le constat que l’ordre nouveau émancipateur (Ordine Nuovo journal de Gramsci) doit être construit sur la base d’un consensus large, la capacité de passer des compromis, la volonté de prendre en compte les intérêts d’autres forces sociales et de les combiner avec les intérêts de la classe ouvrière, sur la base de ce qui est. 

C'est donc bien la combinaison du pessimisme de l'intelligence (c'est-à-dire que les choses ne sont pas ce que l'on souhaite mais ce que l'on a) avec l'optimisme de la volonté ( c'est-à-dire penser que grâce à l'action politique les humains forgent leur destin) qui nous offre une perspective vivante assumant les défaites et les victoires car ce n'est pas la vérité qui "désespère Billancourt", ce qui est désespérant c'est ne pas voir ou, pire, de ne pas dire la vérité. Comme si les peuples n'étaient que de grands enfants à qui l'on doit raconter de jolis contes qui cachent la rude réalité qu'ils connaissent pourtant beaucoup mieux que certains donneurs de leçons.

 

Antoine Manessis.

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