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Le 7 novembre 1917 débutait la révolution d'Octobre dirigée par Lénine et le parti bolchevick. Ce premier paradoxe n'est finalement qu'une question de calendrier (julien et grégorien). Bien d'autres questionnements surgiront autour de cet événement historique qui marque le "court vingtième siècle" selon la formule de l'immense historien que fut Eric Hobsbawm. Et qui nous interpelle aujourd'hui encore puisqu'aucune réflexion sur l'avenir du monde ne peut faire l'impasse sur ce moment de l'histoire. Loin des célébrations figées et des criminalisations du communisme, tout aussi impuissantes les unes que les autres, l'histoire seule peut nous éclairer sur Octobre et sur son héritage.

En introduction à d'autres articles sur ce thème une brève réflexion du penseur marxiste slovène Slavoj Zizek*. Toujours décalé et toujours enrichissant.

NBH

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"Il semblerait que Lénine soit aujourd’hui totalement démodé. Que ses actes ou ses mots n’ont rien à nous transmettre. Mais, je demanderais : quel Lénine ? Ce que j’admire de Lénine – et ce qui devient nécessaire aujourd’hui plus que jamais –, c’est l’esprit de l’opportunisme avec des principes (j’utilise consciemment ce terme paradoxal), ou l’improvisation avec des principes. Lénine était quelqu’un avec beaucoup de principes. Il suivait son orientation basique. Il n’était pas un opportuniste. Mais à la fois il avait un sens incroyable pour saisir le moment. C’est ce que Lukacs, dans Histoire et conscience de classe, appelle « Augenblick », le moment. Tu penses que la situation est obscure et tout à coup tu vois une ouverture. Et si tu n’agis pas maintenant, elle sera perdue pour très longtemps. Par exemple, on sait que, deux mois avant la révolution de Février, Lénine prononce un discours devant un groupe des Jeunesses socialistes, en Suisse, où il leur dit : « Si on a de la chance, la génération suivante verra la révolution socialiste. » Mais quand il reçut les nouvelles de la révolution de Février, il vit une ouverture, il saisit l’opportunité. Et il dit alors : « Si on ne saisit pas cette opportunité, nous l’aurons perdue pour des décennies avant qu’une autre opportunité ne se présente. » En même temps, il savait improviser : « Essayons de faire ça de cette manière, si ça ne marche pas, essayons le contraire. » Lénine dit, au début des années 1920, avec un certain humour, que les bolcheviks avaient fait « toutes les erreurs possibles ». Leur privilège n’était pas de faire des erreurs mais de progresser par les erreurs, d’apprendre de leurs erreurs. C’est pour cette raison que mon texte préféré de Lénine n’appartient pas à la période entre les révolutions d’Octobre et Février, mais d’un peu plus tard, en 1921 ou 1922, quand Lénine compare la révolution à l’escalade d’une haute montagne – c’est un très beau texte dans lequel il est très clair : tu montes une montagne, et vers le sommet tu es bloqué et tu dois décider, pas seulement de rester là-haut, mais de redescendre de la montagne et de recommencer dès le début."

Slavoj Zizek

* La révolution aux portes Sur Lénine Le temps des cerises
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