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                                                      Otto Dix- Assaut sous les gaz (1924)

 

Le 11 novembre a vu la fin provisoire de l'affrontement militaire entre les puissances  impérialistes pour la suprématie et les marchés. Dans un premier temps cette lutte avaient  pour terrain des colonies.

Rosa Luxemburg résumait ainsi les choses : "Ces événements, qui se succédèrent coup sur coup, créèrent de nouveaux antagonismes en dehors de l’Europe: entre l’Italie et la France en Afrique du Nord, entre la France et l’Angleterre en Egypte, entre l’Angleterre et la Russie en Asie centrale, entre la Russie et le Japon en Asie orientale, entre le Japon et l’Angleterre en Chine, entre les Etats-Unis et le Japon dans l’Océan Pacifique – une mer mouvante, un flux et reflux d’oppositions aiguës et d’alliances passagères, de tensions et de détentes, au milieu de laquelle une guerre partielle menaçait d’éclater à intervalle régulier entre les puissances européennes, mais chaque fois, était différée à nouveau. Dès lors, il était clair pour tout le monde:

1) Que cette guerre de tous les Etats capitalistes les uns contre les autres sur le dos des peuples d’Asie et d’Afrique, guerre qui restait étouffée mais qui couvait sourdement, devait conduire tôt ou tard à un règlement de comptes général, que le vent semé en Afrique et en Asie devait un jour s’abattre en retour sur l’Europe sous la forme d’une terrible tempête, d’autant plus que ce qui se passait en Asie et en Afrique avait comme contrecoup une intensification de la course aux armements en Europe.

2) Que la guerre mondiale éclaterait enfin aussitôt que les oppositions partielles et changeantes entre les Etats impérialistes trouveraient un axe central, une opposition forte et prépondérante autour de laquelle ils puissent se condenser temporairement. Cette situation se produisit lorsque l’impérialisme allemand fit son apparition."

Que la Première Guerre mondiale ait été une guerre de rapine, de pillage, de repartage des richesses du monde, est parfaitement illustré par les termes que les vainqueurs ont imposé aux vaincus: le Traité de Versailles. D'ailleurs les plus lucides des socialistes, ceux qui ne sombrèrent pas dans un chauvinisme criminel, dénoncèrent le sens de la boucherie qui se mettait en place. Ainsi Karl Liebknecht déclarait au parlement allemand dont il était député: "Cette guerre, qu’aucun des peuples qui y participe n’a lui-même souhaitée, ne s’est pas enflammée pour le bien du peuple allemand ou d’aucun autre peuple. Il s’agit d’une guerre impérialiste, une guerre pour la domination capitaliste du marché mondial, pour la domination d’importantes régions colonisées pour le capital industriel et financier"

En 1915 des socialistes et syndicalistes anti-impérialistes et anti-guerre se réunissaient à Zimmerwald et lançaient un appel pour la paix qui se concluait ainsi: "Travailleurs et travailleuses! Mères et pères! Veuves et orphelins! Blessés et invalides! A vous tous qui souffrez de cette guerre, nous vous appelons: Par-dessus les frontières, par-dessus les champs de bataille fumants, par-dessus les villes et villages détruits, Prolétaires de tous les pays, Unissez-vous !"

Il faudra attendre la révolution russe d'octobre 1917 pour que le risque d'embrassement révolutionnaire et l'épuisement des peuples n'obligent les impérialistes à cesser la boucherie. Provisoirement car la nature même de l'impérialisme porte la guerre, ce que Jean Jaurès avait parfaitement expliqué : " Tant que, dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possédera les grands moyens de production et d’échange, tant qu’elle possédera ainsi et gouvernera les autres hommes, tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi, qui est la concurrence illimitée, la lutte incessante pour la vie, le combat quotidien pour la fortune et pour le pouvoir ; tant que cette classe privilégiée, pour se préserver contre tous les sursauts possibles de la masse, s’appuiera ou sur les grandes dynasties militaires ou sur certaines armées de métier des républiques oligarchiques ; tant que le césarisme pourra profiter de cette rivalité profonde des classes pour les duper et les dominer l’une par l’autre, écrasant au moyen du peuple aigri les libertés parlementaires de la bourgeoisie, écrasant ensuite, au moyen de la bourgeoisie gorgée d’affaires, le réveil républicain du peuple ; tant que cela sera, toujours cette guerre politique, économique et sociale des classes entre elles, des individus entre eux, dans chaque nation, suscitera les guerres armées entre les peuples."

En ce 11 novembre 2020 nous voyons déjà en cours des guerres impérialistes partout dans le monde. Une guerre générale, mondiale, malgré le type d'armement capable d'anéantir l'humanité, ne peut être totalement exclue. La seule garantie de la paix c'est l'abolition des causes du mal absolu qu'est la guerre, c'est-à-dire l'abolition du capitalisme et de l'impérialisme qui en est la forme contemporaine.

C'est de ce combat pour la paix qu'est né la révolution bolchevick et en 1920 le parti communiste français. La paix a toujours été centrale dans le combat pour l'émancipation humaine, elle continue de l'être. Que le 11 novembre soit l'occasion de s'en rappeler et de remettre cette thématique au centre de nos combats contemporains.

 

Antoine Manessis.

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