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                                                Astérix a cessé la résistance à l'envahisseur.

 

La langue dominante est celle de la puissance dominante.

A l'impérialisme économique, idéologique et politique correspond un impérialisme linguistique.

Dans l' Antiquité la langue grecque domine la zone d'hégémonie de l'impérialisme grec. Plus tard même les élites romaines parlent grec, la langue de la culture dominante. César parlait grec. Le fameux Alea jacta est, autant que cette phrase eut été vraiment prononcée, l'aurait été en grec ἀνερρίφθω κύϐος.

Plus tard la France étant la puissance dominante de l'Europe, la cour du Tsar ou d'Angleterre parlaient le français.

L'Angleterre prenant le relais, l'anglais devint dominant.

Les Etats-Unis étant depuis plusieurs décennies la principale  puissance dominante dans le monde l'impérialisme linguistique accompagne l'impérialisme tout court. 

Dans le bloc socialiste le russe est la deuxième langue obligatoire.

On peut imaginer que la puissance émergente chinoise provoque le même phénomène au moins en Asie.

La mondialisation capitaliste, l'impérialisme des cultures dominantes, l'urbanisation accélérée, tout cela sont des facteurs contemporains de disparition de la diversité linguistique.

Y a t il pour autant une menace de "génocide linguistique" ? Oui car des langues ont déjà été victimes de la domination d'autres langues et ont disparu.

On estime que 5 % des quelque 7 000 langues actuelles sont parlées par 95 % de la population mondiale. Toutes les autres, c'est-à-dire 95 % d'entre elles, sont parlées par seulement 5 % des humains. En clair : l'immense majorité sont de toutes "petites" langues, c'est-à- dire qu'elles ont un "petit" nombre de locuteurs. Chacune d'entre elles porte une vision et une connaissance du monde, souvent unique et précieuse. La diversité linguistique est une richesse, mais une richesse menacée. Et ce n'est pas une langue fabriquée de toute pièce, sans base historico-matérielle, qui peut s'opposer à cette menace. D'autant que la domination d'une langue est le résultat de nombreux facteurs liés à la puissance hégémonique.

On sait par exemple que les riches gaulois voulaient se romaniser au plus vite. Au bout de quelque temps, leur langue a disparu. "Aujourd'hui, la situation est presque comparable. Beaucoup de familles de la bourgeoisie, dans divers pays du monde, ont adopté l'anglais comme langue de prestige. L'anglais conduit les langues à l'extinction, comme le latin autrefois" nous dit le linguiste Claude Hagège. 

Cela étant dit, si l'on ne veut pas tenir un discours réactionnaire, nationaliste et poussiéreux, surtout inaudible par la jeune génération, il faut être clair en ce domaine comme dans d'autres : nous le disions en phrase d'introduction, la langue dominante est celle de la puissance dominante.

Le français s'est imposé en Afrique dans les pays colonisés par le colonisateur, la France. Comme l'anglais dans les pays colonisés par l'Angleterre. Et l'espagnol dans les colonies de l'Espagne. Comme le portugais au Brésil colonisé par le Portugal. D'ailleurs cela nos défenseurs du français ont une fâcheuse tendance à l'oublier... Mais passons.

Reste que cela veut dire que la réponse à l'impérialisme linguistique est économique, sociale, idéologique et donc politique. Si l'on n'oppose pas la puissance à la puissance, l'influence à l'influence, un autre soft power au soft power dominant, on ne pourra rien contre la domination du plus fort. Et le français comme le sioux disparaitra. Nous n'en sommes pas là ! Mais il est vrai qu'un tel processus est en cours avec le concours enthousiaste de nos dirigeants qui se veulent avant tout citoyen de l' Empire. "Nous sommes tous Américains!" titrait Le Monde face aux 3.000 morts des Tours jumelles de New-York le lendemain du 11 septembre 2001. Il ne serait jamais venu à l'idée du journal vespéral de titrer "Nous sommes tous des Vietnamiens!" après les 3 millions de victimes vietnamiennes de l'impérialisme étasunien (chiffres donnés par le Vietnam en 1995, un million de soldats et deux millions de civils au Nord et au Sud).

Les pleurnicheries devant le rouleau compresseur de l'anglo-étasunien n'éviteront pas l'écrasement des petites fleurs. La seule question qui se pose est "Combien de divisions?" y compris symboliques, y compris dans la construction des imaginaires. Le reste est de la littérature car quand, à l'approche de Noël, dans  tous les magasins, on lit sur les vitrines illuminées Happy Christmas (et non Joyeux Noël) on doit se poser la question du pourquoi?

Si l'on répond à cette question, alors peut-être trouverons-nous le moyen de préserver, entre autres, la diversité linguistique.

 

Antoine Manessis.

 

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