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                     Goebbels grime Hitler en Marx photomontage de John Heartfield

                                  pour AIZ Arbeiter Illustrierte Zeitung en exil (1934)

 

"Bonjour à tous, il n’y aura pas de sapin de Noël devant la mairie de Bordeaux. Raison invoquée: c’est un arbre mort (Ne vous y trompez pas: le Tour de France hier, le sapin aujourd’hui, demain, ce sera Versailles qu’il faudra fermer, Napoléon qu’il faudra brûler ou Molière qu’il faudra oublier! (…) Il existe une pulsion mortifère et totalitaire chez certains écologistes et, pour tout vous dire, M. Hurmic* et M. Doucet* me font peur. Dans leur monde parfait, je serais vite envoyé à Vladivostok, j’écrirais mon Archipel du goulag, si mes geôliers ne m’ont pas coupé les bras!"

Ainsi parle Pascal Praud, animateur d'une émission, L’heure des pros,  sur C-News.

Nous disions, ici même, il y a peu que Bolloré, grand capitaliste et patron de C-News, avait pour ambition de faire une Fox-News à la française. C'est Robert  Murdoch un autre milliardaire, australo-étasunien, qui a fondé cette chaîne accessible par 87,2 millions de ménages américains, elle est la chaîne d'information câblée la plus regardée aux États-Unis devant ses concurrentes telle CNN.  La Fox a fait activement, les campagnes de GW Bush et de D Trump. Surtout elle diffuse en longueur d'antenne une idéologie de droite extrême et démagogique, confite de fake-news.

C'est ce modèle que Bolloré imite en offrant à des individus comme Praud ou Zemmour une audience de masse. Cette chaîne se fait donc le porte-voix d'une droite extrême, elle travaille à la fusion des droites, se livre à des agressions verbales contre toute expression progressiste.

On peut évidemment contester les propos des maires EELV de Lyon et Bordeaux sur le Tour de France ou le sapin de Noel. On peut diverger sur leurs propositions. D'autant que le gauchisme, chez nous, n'a pas toujours évité des affirmations hasardeuses. On sait que, dans les années vingt, André Marty, dirigeant du PCF et de l'IC, avait été scandalisé que l'Humanité, dirigée alors par Vaillant-Couturier et Marcel Cachin, ait fait place au Tour de France ! 

On peut penser que les maires de grandes villes aient d'autres préoccupations et d'autres priorités que le sapin de Noel ou le Tour de France même si les provocations symboliques peuvent aussi avoir un aspect positif. Rien n'interdit d'en débattre.

Mais là où le bât blesse c'est quand, prenant prétexte de légitimes débats, les chiens de garde se livrent, comme l'extrait de la chronique de Praud le montre, à une attaque qui n'est pas sans rappeler les discours de l'extrême-droite des Drumont et autres Je suis partout**.

Les amalgames absurdes (le Tour de France, Versailles, Molière et Napoléon), la référence outrageusement anti-communiste (totalitarisme, Vladivostok, l'Archipel du Goulag), et l'obscénité krypto-fasciste (quand Praud craint qu'on lui coupe les mains comme cela fut fait, en vrai, à Victor Jarra, poète et chanteur communiste par la soldatesque de Pinochet), contribuent à créer un climat idéologique qui vire au brun le plus obscur.

Le problème est que 245.000 personnes ont regardé Pascal Praud entre 9h et 10h30 le 11 septembre dernier. Et que Zemmour a réuni 533.000 téléspectateurs. Certes il faut relativiser ces scores mais il reste que la capacité de nuisance des pamphlétaires de droite extrême ne peut être négligée surtout face à la faiblesse de l'audience des progressistes, quasiment absents des médias de masse. Capacité de nuisance encore renforcée par une fraction de polémistes se réclamant de la gauche tel Michel Onfray qui sèment encore plus de confusion. Même le journal Challenges ( qui appartient à Claude Pérdiel, milliardaire rocardo-macroniste) peut écrire: "Lors d'un débat sur C-News Onfray et Zemmour ont montré un consensus idéologique et politique de circonstance entre la gauche libertaire et la droite souverainiste." En effet ces deux-là ont un objectif commun : barrer la route à JL Mélenchon, seul candidat progressiste, républicain et patriote, capable de susciter une dynamique populaire. L'un dénonce le représentant de la "jeunesse arabo-musulmane", l'autre "le Robespierre islamo-gauchiste". Tous les deux rêvent d'un(e) candidat(e) "souverainiste" unissant droite et gauche. "Le marxisme, voilà l'ennemi", pour paraphraser l'inoubliable André Tradieu***, qui divise la nation entre prolétaires et capitalistes alors que le clivage chez ces gens-là est à chercher du côté de la religion, des origines, de la culture, de la race ou que sais-je encore. Mais surtout "couvrez ce sein que je ne saurais voir" : la lutte des classes.

Tout ce qui peut brouiller, embrouiller, barbouiller, amalgamer, désorienter bref obscurcir la vérité des rapports de classes doit être caché. Et pour cela il faut tenir des discours qui prennent aux uns et aux autres. Ce fut la force des fascismes, ne l'oublions pas. Le parti nazi ne s'appelait-il pas "Parti national- socialiste des travailleurs allemands" (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei-NSDAP)? Alors qu'il était le parti du grand capital contre les travailleurs (dont il interdit les syndicats), qu'il était anti-marxiste (il interdit le parti communiste et le parti social-démocrate) et anti-national (il amena le peuple allemand à la guerre, au crime et à la ruine). 

Clarté fut le nom de la revue d'Henri Barbusse, contre la guerre et contre le fascisme. Clarté fut aussi le journal de l'UEC (union des étudiants communistes).

Clarté doit être aujourd'hui notre objectif idéologique contre le confusionnisme quelque soit ses masques.

 

Antoine Manessis.

 

 

* Maires EELV de Lyon et Bordeaux.

** Je suis partout journal d'extrême-droite puis collaborationniste de 1930 à 1944.

*** Président du Conseil de 1929 à 1932, il finance sur fonds secrets les Ligues d'extrême-droite et proclame "Le communisme, voilà l'ennemi !".

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