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                                            Que vont faire les travailleurs biélorusses ?

 

NBH publie cette "note" d'un de nos lecteurs, LC, qui pose avec sérieux et pertinence et un vrai sens dialectique la problématique biélorusse. On est loin de l'hystérie manichéenne des médias bourgeois comme de la méthode Coué des groupuscules qui non seulement ne savent pas compter les manifestants mais se ridiculisent par leur aveuglement.

Merci à LC pour sa contribution que NBH reçoit comme un cadeau d'anniversaire !

 

NBH

 

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Note personnelle sur la situation en Biélorussie.

17 août 2020.  Par LC.

 

  • Loukachenko a été élu en 1994 sur une ligne politique de préservation des acquis sociaux de la période soviétique. Il bénéficiait alors d’un très large soutien populaire.

  • Cette politique a permis de maintenir jusqu’à aujourd’hui une agriculture et une industrie fortes et majoritairement étatisées, ainsi qu’un niveau de vie relativement élevé par rapport aux autres pays voisins de la région, confirmé par les indicatifs de développement humain de l’ONU.

  • La Biélorussie a ainsi adopté une voie politique originale, à rebours de la vague néolibérale qui a ravagé à partir des années 1990 les pays anciennement communistes, sur fonds de privatisations massives, de démantèlement de l’Etat et des protections sociales, d’explosion de la corruption, des inégalités et du chômage.

  • Cette politique s’est en même temps appliquée d’une main de fer, dans le pur style soviétique, laissant peu d’espaces au débat démocratique. Néanmoins, le régime a continué de bénéficier d’un soutien populaire assez important, avec globalement un appui des masses ouvrières et paysannes, car la politique menée allait dans le sens de la défense de leurs intérêts.

  • Pour autant, ce soutien populaire s’est peu à peu effrité. La situation économique se dégrade depuis plusieurs années, notamment depuis la crise économique mondiale de 2008, détériorant les conditions de vie de la population. Par ailleurs, le manque d’espaces de débats démocratiques : d’une part freine toute tentative de redressement – vers « plus de communisme » – de la situation politique, économique et sociale par l’intervention populaire ; d’autre part aggrave le mécontentement d’une partie de plus en plus grande de la population.

  • Cette dynamique s’est amplifiée à l’occasion de la dernière élection présidentielle. Le rejet de Loukachenko est de plus en plus massif, et la base sociale et populaire favorable au régime s’effrite bien que n’ayant pas disparu. Il suffit pour s’en convaincre d’apprécier les rassemblements organisés par les deux camps le 16 août : celui de l’opposition était incontestablement plus puissant que celui des partisans du pouvoir, important tout de même. La polarisation du pays s’accroît.

  • L’opposition actuelle se cristallise et fédère sur la question démocratique, le rejet de la « dictature » et la dénonciation de la répression ; des griefs alimentés par la réponse effectivement brutale et non différenciée ni proportionnée de la police contre les opposants – qu’ils soient pacifiques ou violents – et les journalistes.

  • Cette opposition est à forte dominante libérale, antisociale et anticommuniste. La réappropriation du drapeau rouge et blanc, adopté avant la période soviétique, puis utilisé pendant l’occupation nazie, avant d’être réadopté en 1991-1994 à la chute de l’Union soviétique, est d’ailleurs symbolique à cet égard. 

  • Sur la scène régionale et géopolitique, les ingérences étrangères sont fortes. Les pays voisins membres de l’OTAN (Pologne, Lituanie…) à la botte des Etats-Unis participent au soutien de l’opposition et ont intérêt à la déstabilisation du pays. L’enjeu est de faire tomber la Biélorussie dans le camp atlantiste (pro UE et USA), avec à la clef de vastes industries et ressources agricoles à se partager pour les grands groupes capitalistes, et l’isolement de la Russie (partenaire historique privilégié de la Biélorussie).

  • En face, l’attitude de la Russie est ambiguë. Les relations entre les deux pays se sont détériorées ces dernières années, à la faveur d’une légère ouverture de la Biélorussie vers l’Union européenne et de l’affirmation par Loukachenko d’une politique de souveraineté et d’indépendance nationales, qui navigue entre les deux blocs. En Russie circule un courant relativement bienveillant envers l’opposition biélorusse : on ne peut exclure une stratégie délibérément orientée vers une aggravation de la crise biélorusse, pour contraindre Loukachenko à demander l’appui de Poutine – et maintenir ainsi le pays sous influence russe.

  • En attendant, le risque d’un scénario à la Maïdan n’est pas à exclure : c’est-à-dire, comme en Ukraine en 2014, celui d’un embrasement du pays à la faveur d’un soulèvement téléguidé par des puissances étrangères atlantistes, emmené par des troupes de choc néonazies, utilisant et instrumentalisant la colère populaire pour renverser un gouvernement. Ce soulèvement avait déclenché une guerre civile meurtrière (qui perdure encore aujourd’hui) et la sécession d’une partie du pays. Ce risque est brandi avec force tant par Loukachenko que par les partis communistes de la région. 

  • Il est difficile à l’heure actuelle de savoir comment va évoluer la crise biélorusse. En tout état de cause, en cas de victoire de l’opposition et de « révolution de couleur » –  comme en ont connu les anciennes républiques soviétiques –,  tout porte à croire que les intérêts des classes populaires en sortiront perdants. En cas de résistance et de maintien du pouvoir actuel, on ne voit pas comment un tel système politique et social pourrait perdurer sans des transformations profondes favorisant l’intervention populaire à tous les niveaux. Reste qu’il revient aux Biélorusses, et à nul autre, de décider de l’avenir de leur pays.

 

Nota bene : enfin, cette crise intervient dans un contexte de guerre de l’information conduite au niveau international par les médias du « monde libre » et des forces « pro-démocratie ». En choisissant délibérément de ne traiter que certains sujets internationaux au détriment d’autres, en présentant des informations partielles (et partiales), en simplifiant au possible l’analyse (jusqu’à devenir parfois caricaturale), ils favorisent une lecture libérale et occidentale des événements. Ainsi, pendant que toutes les caméras sont actuellement tournées vers Minsk, qui parle du soulèvement populaire déclenché depuis début août par le peuple bolivien, pour réclamer la tenue d’élections et la destitution du gouvernement putschiste ? Ces mêmes médias étaient pourtant en première ligne pour applaudir le coup d’Etat qui a renversé Evo Morales quelques mois plus tôt, en relayant les accusations de fraudes – finalement démenties – portées par l’opposition de droite. On pourrait évoquer mille autres exemples. Les images (et les témoignages) de la répression en Biélorussie à l’égard des opposants ou des journalistes sont particulièrement dures et choquantes. Pour mémoire, celles de la répression récente en France à l’encontre de manifestations syndicales ou des gilets jaunes ne l’étaient pas moins – en arrêtant ici une comparaison entre ces deux pays qui n’aurait aucun sens.

LC

 

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