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              De gauche à droite Kamenev, Lénine et Trotsky en 1919, puis Lénine sans Kamenev ni Trotsky.

 

 

 Lev Davidovitch Bronstein, né le 26 octobre 1879, est entré dans l'histoire sous son pseudonyme Trotsky. Il fut assassiné il y a 80 ans, le 21 août 1940, à Mexico où il s'était réfugié après avoir été expulsé d'Union Soviétique.

Militant social-démocrate il connait la déportation en Sibérie puis l'exil. Il rencontre Lénine à Londres qui le coopte à la rédaction de l'Iskra. En 1903 lors de son IIe congrès, le POSDR (parti ouvrier social-démocrate de Russie) scissionne entre Bolchevicks et Menchevicks.  Trotsky choisit les Menchevicks. Un an après il rompt avec eux sans rallier les Bolchevicks et en critiquant Lénine, son attitude "jacobine" et autoritaire. Jusqu'en 1917 il conservera cette position cherchant à concilier les deux courants.

En 1905 il rentre en Russie où un vaste mouvement révolutionnaire fait trembler l'Empire tsariste. Événements symbolisés par la mutinerie du cuirassé Potemkine. Trotsky est alors président du Soviet de Saint-Petersbourg. La révolution finalement vaincue, Trotsky est arrêté et condamné à la déportation à perpétuité en Sibérie. Il parvient à s'évader et repart en exil. Installé à Vienne (Autriche) il continue à prôner l’unité de tous les courants sociaux-démocrates ce qui l'oppose à Lénine.

En 1914 la guerre éclate. Trotsky participe aux conférences de Zimmerwald et Kienthal qui réunissent les sociaux-démocrates hostiles au conflit. Mais là encore Trotsky tente de jouer le conciliateur entre les différents groupes et tendances ce qui lui vaut une vive critique de Lénine qui prône la transformation de la guerre impérialiste en révolution.

En 1916 il est expulsé de France,d'abord en Espagne puis aux Etats-Unis où il s'installe à New-York en janvier 1917.  

Après février 1917 il rentre en Russie. Il rejoint alors le parti Bolchevick. Il est élu membre du Comité Central  en août puis il devient président du Soviet de Petrograd en septembre 1917. Il jouera un rôle central dans les journées révolutionnaires comme le livre de John Reed Les dix jours qui ébranlèrent le monde le montre avec justesse.

Après la victoire de la révolution, Trotsky est Commissaire du peuple aux Affaires étrangères. A ce titre il négocie les accords de Brest-Litovsk avec l' Allemagne. Alors que Lénine veut faire la paix quel qu’en soit le prix pour sauver la révolution, et que Boukharine veut une guerre révolutionnaire, Trotsky, à son habitude navigue entre les deux et préconise une ligne "ni paix, ni guerre". Cet épisode sera source, une fois encore, d'un violent conflit avec Lénine. 

Cela étant de 1919 à 1927 il sera membre du Bureau Politique du Parti.

Commissaire du peuple à la Guerre, Trotsky sera l'organisateur de l'Armée rouge de 1918 à 1924.  Il parviendra à en faire une armée efficace face aux Blancs et aux interventionnistes étrangers (dont la France : de Gaulle combat l'Armée rouge en Pologne..). Il écrase aussi les "anarchos-bandits", le mouvement de Makhno en Ukraine, les insurgés de Kronstadt avec violence et détermination, théorisant la nécessité de la terreur révolutionnaire.  Afin de protéger les paysans pauvres formés en comités depuis  le 8 août, il ordonne la création des deux premiers camps en Russie, destinés aux "agitateurs louches, officiers contre-révolutionnaires, saboteurs, parasites, spéculateurs".

Autant que ce genre d'hypothèse ait une grande pertinence, il fait peu de doute que si Trotsky avait obtenu le soutien du Parti, l'utilisation de la violence révolutionnaire eut été aussi prégnante qu'avec Staline. Les circonstances historiques étant ce qu'elles étaient. On peut penser en revanche que la prudence, la lucidité froide de l'évaluation des rapports de forces et le pragmatisme de Staline n'auraient pas été au rendez-vous.

Quand Lénine tombe malade, Trotsky, allié à Zinoviev et Kamenev, se présente comme l'aile gauche du Parti, Boukharine étant l'aile droite. Staline apparaît alors comme le centre, l'homme de la synthèse, opposé aux deux "extrêmes". Mais les alliances se font et se défont d'autant que l'attitude vaniteuse de Trotsky ne lui permet pas de fédérer longtemps ces fortes personnalités autour de lui.

A la mort de Lénine, Trotsky chef de" l'opposition de gauche" analyse dans Cours nouveau, l'évolution du parti bolchevik et propose des mesures pour limiter la tendance à la bureaucratisation qui se fait jour, en assurant une plus grande démocratie au sein du parti. Mais il se heurte à un front Staline, Zinoviev et Kamenev alliés contre lui qui dénoncent son aventurisme, "son excès d'assurance et une vision trop administrative des choses" comme l'avait dit Lénine.

En , Staline attaque Trotski lors du XIIIe congrès du Parti en dénonçant son activité fractionnelle. Staline, allié avec Kamenev et Zinoviev, érige le trotskisme en hérésie. 

En 1926 Trotsky s'allie de nouveau avec Zinoviev et Kamenev dans "l'opposition unifiée" mais tous sont battus au XVe congrès du Parti bolchevick. Boukharine sera écarté en 1928.

Son opposition au Parti amène son exclusion en novembre 1927 et sa relégation à Alma-Ata. Comme il continue son activité oppositionnelle il est expulsé d'Union Soviétique en 1929.

Après despérégrinations dans plusieurs pays,il s'installe au Mexique en 1937 et il fonde la IVe Internationale trotskiste en 1938 et poursuit sa lutte contre le régime soviétique. Il sera finalement tué le 20 août 1940 par un agent du NKVD, Ramon Mercader.

Les groupes trotskistes continueront leurs activités. Certains groupes existent encore même si la référence à Léon Trotsky n'est plus aussi centrale dans leurs activités et leur ligne politique. Cela dit leur anti-soviétisme et leur "anti-stalinisme" les a parfois amené à être manipulés par les forces réactionnaires contre les partis communistes.

Ainsi Fonvieille-Alquier journaliste à Témoignage Chrétien, donne dans son livre La grande peur de l'après-guerre un exemple de cet usage des trotskistes. Sous la IVe République en France à l'Assemblée Nationale deux députés portaient le même nom Denis. L'un Alphonse et l'autre André. L'un était MRP (droite démocrate-chrétien) et l'autre communiste. Aussi les huissiers se trompaient-ils parfois de destinataire quand l'enveloppe portait seulement initiale du prénom. Cela se produisit une fois encore en cette veille d'élections et le député communiste fut assez étonné de constater que, sur une lettre à en tête de la place Beauvau, le ministère de l’Intérieur proposait au député MRP de lui envoyer un...trotskiste - tous frais payés - afin de grappiller quelques voix au candidat communiste. Le fac-similé du courrier fut publié par L'Humanité et les trotskistes comme le ministère de l'Intérieur furent, on l'imagine, dans une situation...délicate.

D'autres affaires de manipulation et d’ambiguïtés politiques des trotskistes furent autrement plus graves. L'anti-partis-communistes étant le file noire de ces comportements. La fin (abattre les staliniens, c'est-à-dire pendant 30 ans le mouvement communiste) justifiant tous les moyens y compris les pires. Même si le trotskisme politique ne se résume pas à cela pendant des décennies. Aujourd'hui dans le débat qui traverse la gauche,des réflexions issues de ce qui subsiste du trotskisme peuvent enrichir la discussion. Dommage même les courants les moins sectaires restent marqués par une ossification de certaines positions loin de toute analyse concrète. Par exemple le nihilisme national du trotskisme reste un des ses angles morts les plus prégnants et les plus négatifs : la sous-estimation quand ce n'est pas la négation de la question nationale conduit immanquablement à des catastrophes pour le mouvement ouvrier.Reste aussi que l'impuissance de ce courant à construire quoi que ce soit de durable et d'efficace est une caractéristique incontournable car factuelle du trotskisme.

Ces faits rappelés, donner sa vraie place au révolutionnaire russe et ne pas effacer son visage des photos ou des livres d'histoire comme ce fut le cas en URSS est une obligation politique et éthique. Trotsky a soulevé de vrais questions politiques dont les historiens et les militants débattent désormais librement. Loin des diabolisations ridicules de part et d'autre. Quand on sait, d'expérience, que la seule utilisation des termes cours nouveau suffit à certains pour être classé comme un krypto-trotskiste, ou que d'autres continuent à faire circuler les calomnies contre André Marty, traité de "boucher d'Albacete", on se dit que la laïcisation de ce qui subsiste du mouvement communiste et de ses branches n'est pas encore achevée. On se demande si ce que l'on nomme "stalinisme" n'est pas également le mode de fonctionnement des groupes trotskistes quand on voit leur fonctionnement réel, les tendances officielles qui se haïssent mutuellement en plus. Un seul exemple, l'exclusion de l'historien Pierre Broué par les lambertistes. Lisez cette interview surréelle de Broué :

https://www.anti-k.org/2016/06/14/le-lambertisme-par-pierre-broue-historien-et-ancien-dirigeant/

Décidément 80 ans après sa mort on peu se demander si Trotsky ne fut pas un Staline qui avait raté son coup et ses disciples des"staliniens"dans le mauvais sens du terme. Même si comme les vrais "staliniens" ils ont sans doute leur part de lumière et d'ombre.

 

Antoine Manessis.

 

 

 

  

 

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