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Il semble à entendre ou lire certains camardes qu'ils adorent tomber dans tous les pièges que leur tend le capital avec une certaine constance voire une certaine délectation.

En effet au sein des gauches quelques voix font entendre une petite musique qui flirte avec le complotisme et qui semble s'épanouir dans la critique des mouvements de lutte tels qu'ils sont, avec leurs forces et leurs faiblesses. Mais critiquer les luttes depuis Sirius parce que le réel est un peu plus compliqué et contradictoire que le dogme, finit par nuire gravement à la critique. 

Que la bourgeoisie tente toujours de récupérer les combats populaires, qu'elle cherche à les diviser est aussi vieux que le monde. Et ce n'est pas en méprisant telle ou telle lutte, en traçant des lignes rouges entre combats de toutes sortes que l'on fait avancer les choses mais au contraire en travaillant les alliances et les convergences, en acceptant le nouveau et l'imprévisible du mouvement populaire. Il est aussi contraire aux intérêts du combat progressiste de rejeter les Gilets jaunes, pas assez ceci ou trop cela, ou l'actuel mouvement anti-raciste, trop ceci et pas assez cela.  C'est aussi politiquement inepte de récuser le féminisme ou l'écologie sous divers prétextes. Il est tout aussi faux de dire que les Gilets jaunes sont des fascistes que de dire qu'ils sont des radicaux anti-capitalistes. Ce qui compte c'est de lutter avec. En faisant en sorte de fédérer ces combats vers une alternative progressiste car ils sont "objectivement" progressistes. Ce qui démontre que la question centrale est bien celle-ci : où est cette alternative? Nos concitoyens la voient-ils? Y "croient"-ils? La pensent-ils seulement possible? 

Comme nous ne sommes pas capables de répondre à cette question, il est encore plus absurde de jouer la fine gueule quand quelque chose se passe dans la "vraie vie". Car c'est sans doute de ces combats multiples, confus parfois, contradictoires sans aucun doute, que surgira suffisamment de confiance en soi au sein des couches populaires et moyennes pour qu'une issue politique se dessine et s'affirme enfin.

Il ne s'agit pas de ne pas défendre une "ligne claire" au sein du mouvement du peuple mais il s'agit d'éviter un regard de surplomb voire de mépris vis à vis de ceux qui bougent et luttent. Voir les insuffisances, les manques est sans doute nécessaire mais à condition d'être dans le mouvement, d'en être fondamentalement solidaire. Sinon on passerait pour ce qu'on est : un imbécile qui regarde le doigt quand on lui montre la lune.

A tous ceux qui croient faire avancer la cause de l'émancipation en s'enfermant dans le purisme théorique ou la posture sectaire, dans une sorte de classe contre classe dont on connaît pourtant les résultats, qui ne voient la lutte de classe que lorsqu'elle correspond à des schémas obsolètes, qui ne voient que manipulation dans ce qui est contradiction du réel, qui sont accrochés à des mondes, des pays, des classes imaginaires, qui opposent le mouvement réel et leur grille de lecture théorique, NBH offre ce texte de Lénine.

Et que vivent les luttes réelles bien plus prometteuses que les dogmes et les discours figés, discours qui ne sont pas loin, parfois, de déraper du "côté obscur de la force".

 

NBH

 

L’insurrection irlandaise de 1916  (extrait)- Lénine.

"Croire que la révolution sociale soit concevable sans insurrections des petites nations dans les colonies et en Europe, sans explosions révolutionnaires d’une partie de la petite bourgeoisie avec tous ses préjugés, sans mouvement des masses prolétariennes et semi-prolétariennes politiquement inconscientes contre le joug seigneurial, clérical, monarchique, national, etc., c’est répudier la révolution sociale. C’est s’imaginer qu’une armée prendra position en un lieu donné et dira “Nous sommes pour le socialisme”, et qu’une autre, en un autre lieu, dira “Nous sommes pour l’impérialisme”, et que ce sera alors la révolution sociale ! C’est seulement en procédant de ce point de vue pédantesque et ridicule qu’on pouvait qualifier injurieusement de “putsch” l’insurrection irlandaise.

Quiconque attend une révolution sociale “pure” ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution.

La révolution russe de 1905 a été une révolution démocratique bourgeoise. Elle a consisté en une série de batailles livrées par toutes les classes, groupes et éléments mécontents de la population. Parmi eux, il y avait des masses aux préjugés les plus barbares, luttant pour les objectifs les plus vagues et les plus fantastiques, il y avait des groupuscules qui recevaient de l’argent japonais, il y avait des spéculateurs et des aventuriers, etc. Objectivement, le mouvement des masses ébranlait le tsarisme et frayait la voie à la démocratie, et c’est pourquoi les ouvriers conscients étaient à sa tête.


La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement – sans cette participation, la lutte de masse n’est pas possible, aucune révolution n’est possible – et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais, objectivement, ils s’attaqueront au capital, et l’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité objective d’une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée, à première vue sans unité, pourra l’unir et l’orienter, conquérir le pouvoir, s’emparer des banques, exproprier les trusts haïs de tous (bien que pour des raisons différentes !) et réaliser d’autres mesures dictatoriales dont l’ensemble aura pour résultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme, laquelle ne “s’épurera” pas d’emblée, tant s’en faut, des scories petites-bourgeoises."
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