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Les quatre races d’hommes La race blanchela plus parfaite des races humaineshabite surtout l’Europel’ouest de l’Asiele nord de l’Afriqueet l’AmériqueElle se reconnaît à sa tête ovaleà une bouche peu fendueà des lèvres peu épaissesD’ailleurs son teint peut varier La race jaune occupe principalement l’Asie orientalela Chine et le Japon : visage platpommettes saillantesnez aplatipaupières bridéesyeux en amandespeu de cheveux et peu de barbe La race rougequi habitait autrefois toute l’Amériquea une peau rougeâtreles yeux enfoncésle nez long et arquéle front très fuyant La race noirequi occupe surtout l’Afrique et le sud de l’Océaniea la peau très noireles cheveux crépusle nez écraséles lèvres épaissesles bras très longs.  Extrait du manuel scolaire “Le Tour de France par deux enfants” (1877).
 
NBH a déjà dit tout le bien qu'il pense du travail d'Alain Ruscio et de son remarquable ouvrage sur "Les communistes et l'Algérie" http://nbh-pour-un-nouveau-bloc-historique.over-blog.com/2020/05/8-mai-1945-setif.html  

Aujourd'hui, compte tenu de l'actualité, nous avons choisi un article de A. Ruscio sur le "blanchitude" publié sur le site d'Histoire coloniale et post-coloniale.

https://histoirecoloniale.net/Reflexions-sur-la-blanchitude-par-Alain-Ruscio.html?fbclid=IwAR1HfaC9ON_YbIaz6IEmoualHVr2B2s1glMeo52_j3V5S5JlZjtjiIPAr1g

Son approche révèle le poids du passé colonial dans nos consciences, dans la conscience de nos concitoyens, de toutes les couleurs. L'histoire ne s'efface pas d'un simple coup d'éponge sur la tableau noir de nos pensées, arrières-pensées plus ou moins conscientes. Des marques profondes laissées par les siècles subsistent aujourd'hui encore et elles ne sont pas toujours saisies à leur vraie place par notre réflexion politique y compris chez les progressistes.

Loin des postures moralisatrices, Ruscio se réfère à l'histoire, aux faits et à l'idéologie coloniale. Et surtout il montre combien reste sous-jacente la volonté de maintenir une domination séculaire. 

Le colonialisme et l'impérialisme ont montré, avant le fascisme, que la violence génocidaire contre des populations que l'on voulait asservir fut utilisée sans hésitation. Mais avant que cette violence exterminatrice ne touche des blancs, les réactions furent pour le moins modérée.

Bien entendu il ne s'agit pas de développer une culpabilité collective qui n'aurait pas de sens mais de bien saisir toutes les conséquences du fait colonial en particulier, pour les marxistes, dans la lutte des classes.

Bonne lecture.

NBH

 
 
Réflexions sur la « blanchitude »,
par Alain Ruscio
publié le 15 juin 2020 (modifié le 17 juin 2020)

De quelle couleur sont les Blancs ?, c’est la question que pose le titre d’un livre dirigé par Sylvie Laurent et Thierry Leclère paru en 2013 aux éditions La Découverte, sous-titré Des « petits Blancs » des colonies au « racisme anti-Blancs ». Il s’interroge sur la mentalité née parmi les Européens des colonies, faite d’un sentiment de supériorité, mais aussi d’inquiétude et même de peur, qui a produit l’idée, durable et bien ancrée, que la blancheur de l’épiderme représenterait une « normalité » et serait le signe d’une prévalence hiérarchique au sein de l’espèce humaine. On trouvera ci-dessous le texte qu’Alain Ruscio a publié dans ce livre, sous le titre « Blanc, couleur de l’Empire », qui est une réflexion plus que jamais d’actualité sur cette réalité habituellement jamais nommée, la « blanchitude ».

Blanc, couleur de l’empire

par Alain Ruscio

Texte paru dans le livre dirigé par Sylvie Laurent et Thierry Leclère, De quelle couleur sont les Blancs ? Des « petits Blancs » des colonies au « racisme anti-Blancs », publié à La Découverte en 2013. Actuellement épuisé en version imprimée, ce livre est disponible en version numérique sur Cairn.info.
 

La présentation du livre par l’éditeur
 



« Blanchitude » est un néologisme dont on peut s’étonner qu’il n’ait pas eu un destin au moins comparable à celui de son antonyme, « négritude », cher à Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas (pourquoi diable oublie-t-on d’ailleurs toujours ce troisième grand écrivain ?). Et pourtant, « blanchitude » est un mot lui aussi chargé de signification, mais pour des raisons évidemment opposées. Le premier usage par nous avons retrouvé date de 1964. Cette année-là, la revue L’Esprit public, née au sein de la mouvance OAS, et qui se maintint dans les eaux de l’extrême droite quelques années après la fin de la guerre d’Algérie, annonça fièrement la naissance d’une Association pour le développement de la blanchitude, qui se donnait comme objectif « la promotion de la race blanche, injustement décriée et opprimée de toutes parts ». Vieille tactique. Cet usage se voulait une réponse, naturelle en quelque sorte, à la négritude. Le parallèle est cependant fallacieux car le concept de négritude avait été une réaction d’opprimés, retournant une thématique infamante pour en faire une fierté. Il n’a jamais été méprisant vis-à-vis des autres composantes de la communauté humaine, sauf chez certains extrémistes extrêmement minoritaires. Celui de blanchitude, qui se présente volontiers comme une défense, est en fait une attaque masquant, d’ailleurs maladroitement, la volonté de maintenir une domination séculaire. Même si le mot n’était pas utilisé à l’ère esclavagiste, puis lors de la domination coloniale, la blanchitude a en permanence sous-tendu, tout à la fois l’effort de conquête, puis de domination, des Blancs sur les autres « races », et la justification de cette politique.

La fierté d’être blanc

A-t-on suffisamment remarqué combien les expressions de la langue française qui font référence à la blancheur sont chargées de positivité ? « Avoir carte blanche », c’est agir en toute liberté, en fonction des critères par soi choisis… « Montrer patte blanche », c’est prouver que l’on est un interlocuteur digne de confiance… « Marquer une journée d’une pierre blanche », c’est avoir connu un grand bonheur, un événement exceptionnel… « Manger son pain blanc en premier », c’est commencer un moment de sa vie par un événement heureux… De là à affirmer que la blancheur de la peau a une signification valorisante parce qu’une puissance dépassant les hommes — la Nature ? la Providence ? — la leur a envoyée, il n’y a qu’un pas : « La nature, aussi parfaite qu’elle peut l’être, a fait les hommes blancs », écrit fièrement Buffon [Buffon, 1853].

Sans doute faudrait-il chercher dans les tréfonds de l’imaginaire de l’homme d’Occident les racines de cette assimilation Blanc = félicité, bonheur, réussite, et donc (tout ne serait-il pas dans ce donc ?) supériorité. « L’Européen, appelé par les hautes destinées à l’empire du monde qu’il sait éclairer de son intelligence et dompter par sa valeur, est l’homme par excellence, et la tête du genre humain », prétend Julien Joseph Virey [Virey, 1824]. Que l’on regarde la date de cette publication : 1801. L’expédition d’Égypte, la première de l’histoire de la colonisation française de type moderne, est encore dans tous les esprits. Une autre, en Algérie, commence à se dessiner. Ce siècle, le XIXe, commence donc sous le signe de l’expansion coloniale. Aux commandes : les Blancs. Sous le joug, tous les autres : les Noirs, les Jaunes, les Olivâtres, les Rouges, les Bruns, les Bronzés, les Cuivrés, les Basanés. En ce domaine, le vocabulaire racial fut imaginatif… Et l’immense majorité des uns et des autres — les premiers par morgue, les autres par excès de pessimisme — crurent bien, un temps, cette situation coloniale éternelle [Balandier, 1951].

Il serait fastidieux de relever toutes les affirmations de cette période de bonne conscience quasi généralisée. On peut dire que la grande majorité des beaux esprits — même parmi ceux qui, par ailleurs, se réclamaient des valeurs républicaines, humanistes — considéraient que la race blanche, pourvue des attributs incontestables de la civilisation (mot utilisé par eux uniquement au singulier), était, par nature, par mission, par devoir, destinée à dominer les autres groupes humains. Pour Arthur de Gobineau, car il faut toujours en cette matière commencer par lui, « toute civilisation découle de la race blanche, aucune ne peut exister sans le concours de cette race » [de Gobineau, 1853-1855]. Théophile Gautier, qui fut un temps un critique de théâtre renommé et redouté, fait ici une digression, à propos d’une pièce qui représentait des acteurs grimés en Noirs : « Dieu […] a teint de couleurs graduées les différentes races, selon leur valeur d’intelligence, depuis le blanc mat jusqu’au noir d’ébène ; les cerveaux obscurs font les peaux sombres. Les nuances iront toujours s’éclaircissant, et l’on peut prédire hardiment que dans quelques milliers d’années, il n’y aura plus de nègres, même au cœur de l’Afrique » [Gautier, 1845]. Un siècle plus tard, André Siegfried, l’un des intellectuels les plus influents de son temps, membre de l’Académie française, professeur au Collège de France, éditorialiste régulier du Figaro, écrivait : « La civilisation occidentale, si elle est le résultat d’un milieu, est aussi l’œuvre d’une race. Ce sont les Blancs, et eux seuls, qui ont fait l’Occident. La distance qui les sépare des Noirs, des Rouges est immense, et si les Jaunes sont capables d’une efficacité comparable, ils souffrent techniquement d’un retard de trois siècles ; dans ces conditions, notre civilisation comporte un domaine géographique, avec des limites, qu’on se sent curieux de préciser » [Siegfried,1950a].

Mais, puisque sur les pentes de l’affirmation de la hiérarchie entre les catégories d’hommes, on ne peut jamais vraiment s’arrêter, il fut des idéologues qui introduisirent encore une nuance. La « race blanche » possédait tous les attributs de la beauté, de l’intelligence, de la puissance ? Certes. Mais, pour paraphraser une boutade célèbre, il y avait des Blancs plus blancs que d’autres… et les Français, quasi par essence, étaient les meilleurs parmi les meilleurs. « La race française est, de toutes les colonisatrices,
à la fois la plus généreuse et la moins autoritaire et, avec des façades de despotisme administratif, elle respecte bien davantage l’indépendance et l’originalité des races », écrivaient en 1900 deux cousins natifs du monde colon de La Réunion, Georges Athénas et Aimé Merlo, qui signaient d’un pseudonyme unique, Marius-Ary Leblond
[Leblond, 1900].

La Race française, c’est d’ailleurs le titre sans ambiguïté d’un essai rédigé par le Dr René Martial [Martial, 1935] qui faisait suite à un autre essai très isolationniste sur l’immigration [Martial, 1931], et qui fut couronné par l’Institut de France. Le professeur sera par la suite l’un des « penseurs » majeurs de la France vichyste, titulaire notamment d’une chaire de « défense de la race » à l’Académie de médecine, membre de la Commission d’études des questions raciales de Darquier de Pellepoix.

À la même époque paraissait un ouvrage de Jean Giraudoux. On sait que le délicat auteur dramatique, le pacifiste de La guerre de Troie n’aura pas lieu, le polémiste de La Folle de Chaillot, fit une carrière diplomatique et se frotta à la politique. Mais on a un peu oublié de quelle manière. En 1937, il signait donc cet essai, ce pamphlet intitulé Pleins Pouvoirs [Giraudoux, 1937]. Après de délicates formules (« Notre terre est devenue terre d’invasion. […] L’Arabe pullule à Grenelle et à Pantin […] »), il y théorisait une sorte de « racisme à la française » : « Dans l’équipe toujours remarquable des hommes d’État qui prétendent à la conduite de la France, le seul qui sera compris, celui auquel il conviendra de tresser plus tard des couronnes aussi belles qu’au ministre de la Paix, sera le ministre de la Race. […] Le pays ne sera sauvé que provisoirement par les seules frontières armées ; il ne peut l’être définitivement que par la race française, et nous sommes pleinement d’accord avec Hitler pour proclamer qu’une politique n’atteint sa forme supérieure que si elle est raciale, car c’était aussi la pensée de Colbert ou de Richelieu. » En 1937, Giraudoux approuvait donc le chancelier Hitler. Consolation : il préconisait que la France pose le problème « différemment » de l’Allemagne. Nommé par la IIIe République finissante (juillet 1939) commissaire général à l’information, il n’aura pas le temps de mettre en œuvre ses idées.

Gobineau, en 1855, au moment du déferlement des conquêtes coloniales. Martial, en 1935, à l’apogée du système. Siegfried, en 1950, alors que le reflux est pourtant largement entamé… Et toujours les mêmes mots-drapeaux : civilisation, race. Les mêmes certitudes. Une même force de l’évidence. Ces opinons furent un temps partagées par l’immense majorité de leurs contemporains, en tout cas par les Blancs. Et on sait depuis longtemps que la gauche française, au nom de ses valeurs républicaines, laïques, émancipatrices, a puissamment contribué à la construction du corpus idéologique colonial. Selon un ouvrage récent, le socialisme de la première moitié du XIXe siècle a joué un « rôle majeur » dans l’édification de la « belle utopie » de l’Algérie française [Marçot, 2012a et 2012b]. Et rien ne serait plus anachronique, à propos du fameux débat Ferry/Clemenceau sur la politique coloniale, à la Chambre des députés en 1885, que de faire de Jules Ferry un homme de droite, car théoricien des « races inférieures », et de Georges Clemenceau, un pourfendeur de ces thématiques, un homme de gauche [1]. « L’Europe est habitée par des hommes de race blanche, qui sont les plus avancés en civilisation : Français, Anglais, Allemands, etc. », affirmait en 1888 un manuel scolaire à destination des écoles primaires. L’un des deux auteurs de ce manuel est Charles Richet, couronné par le prix Nobel de médecine en 1913. L’autre, Joseph Reinach, était membre fondateur de la Ligue des droits de l’homme et dreyfusard militant dès les premiers jours de l’Affaire Dreyfus. Rien n’est simple, en histoire des idées, dès qu’il est question de races…

Lorsqu’on a en tête cet état d’esprit des penseurs du temps, on imagine ce qu’il pouvait entraîner comme comportements chez les « petits Blancs », ces gens de condition modeste, parfois arrivés dans les colonies en situation d’échec social. « Des hommes sans existence, qui fuyaient quelquefois l’Europe pour des crimes et qui, grâce à leur épiderme blanc, étaient étonnés de retrouver sous le ciel des Antilles la considération qu’ils ne méritaient plus. La qualification générique de “petits Blancs” désignait tous ces individus », écrivait en 1819 le baron Pamphile de Lacroix, observant la société de Saint-Domingue [de Lacroix, 1819]. Un siècle et demi plus tard, la même constatation, sous la plume de Jean Guéhenno, en Afrique subsaharienne cette fois : « Le petit Blanc est pire sans doute que le grand Blanc. Sa prétention est à la mesure de son inculture. Sa blancheur lui est d’autant plus précieuse qu’il n’a vraiment aucun autre titre au commandement » [Guéhenno, 1954]. Pour Pierre Mille, l’une des grandes plumes du Parti colonial, les Blancs « se considèrent comme tous égaux et tous aristocrates, la couleur de leur peau étant ici le plus sûr, le moins contestable des titres de noblesse : la vraie noblesse, celle qui donne droit à des privilèges » [Mille, 1909]. Aristocratie, noblesse : les grands mots sont lâchés. L’opposition entre peaux blanches et peaux de couleur fait irrésistiblement penser à la distinction entre sang bleu et sang rouge, sous l’Ancien Régime.

Cette couleur, le blanc, est devenue le signe de ralliement de tous les coloniaux. « Dès qu’ils arrivaient, écrivait avec ironie Marguerite Duras, qui connaissait bien ce monde, ils [les Blancs] apprenaient à se baigner tous les jours, comme on fait des petits enfants ; et à s’habiller de l’uniforme colonial, du costume blanc, couleur d’immunité et d’innocence » [Duras, 1950]. Et que dire, alors, du casque, qui fit écrire tant de sottises — si on ne le portait pas, on risquait la mort foudroyante… —, ce casque forcément blanc, au point de devenir un symbole, aujourd’hui encore, de cette domination [Dorgelès, 1941] ? Pour les plus confiants, ou peut-être les plus naïfs, du monde des dominants, cette hégémonie de la race blanche était vouée à l’éternité. Toute l’histoire humaine, depuis les temps les plus reculés, l’avait préparée. Le XIXe et le début du XXe siècle l’avaient consacrée. Pourquoi, dès lors, les choses changeraient-elles ?

 

[1Tout comme fut anachronique la référence à ce même Clemenceau dans le discours du président Hollande, lors de son voyage à Alger, en décembre 2012.

[235 000 Européens sur plus de 20 millions d’habitants au recensement de 1926 ; voir [Klein, 2012].

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