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Le fait majeur de ce deuxième tour des élections municipales est l'abstention massive.

Des raisons conjoncturelles et structurelles expliquent cette abstention.

Raisons conjoncturelles : un deuxième tour qui a lieu 3 mois après le premier... beaucoup de citoyens ont "oublié" le premier tour. Une épidémie a eu lieu absorbant toute l'attention des gens d'autant que les médias ont fait de la mono-information pendant deux mois. Rien d'autre n’existait que le coronavirus en France.  L'épidémie n'est pas finie et là encore la peur a pu jouer un rôle.

Raisons structurelles : il y a une véritable sécession des masses, en particulier populaires, par rapport à l'offre politique telle qu'elle existe. Il ne s'agit ni d'un désintérêt pour la politique, ni pour la démocratie. Il s'agit d'un écœurement de masse pour la politique telle qu'elle se fait et de la démocratie telle qu'elle est vécue.

Le peuple, le prolétariat et les couches populaires, ne se reconnaissent pas dans la gauche "réellement existante", ni dans la droite ni l'extrême-droite.

La gauche, pour partie d'entre elle, ne l'est plus : qui peut croire que le PS va faire une autre politique que celle de Mitterrand, Jospin ou Hollande c'est-à-dire une politique de droite, une politique favorable au grand capital ? Le PS à force de tromper les Français s'est totalement discrédité avec le pire de l'espèce, Hollande.

La France Insoumise qui est la seule organisation qui soit authentiquement de gauche et ayant une audience de masse (7 millions de voix pour JLM en 2017) ne parvient pas à définir une stratégie claire, divisée entre (on voudra bien excusé le schématisme) un courant "union de la gauche" et un courant "républicain de gauche". Ces deux courants achoppent aussi sur la question européenne : sortir des Traités ou réorienter l'UE. Certains disent "on ne sort de l’ambiguïté qu'à ses dépends". Nous pensons le contraire. Si la FI veut mordre sur et se développer avec la masse populaire des abstentionnistes voir d'une fraction de l’électorat RN, elle ne pourra y parvenir qu'en se positionnant clairement sur l'Europe, sur la protection sociale (services publics) et environnementale et la fiche de paye. Si elle met en avant une stratégie d'alliance Verts/FI elle ne parviendra à rien car la base sociale et électorale qui porterait une telle alliance sera dominée par une petite et moyenne bourgeoisie qui trouvera toujours la FI trop "populiste". Pour la FI l'objectif c'est d'être adoubée par les classes populaires. C'est seulement à partir de cet objectif réalisé qu'elle pourra négocier avec d'autres forces politiques pour un "front ample*". Sinon elle sera, comme à Grenoble, la caution de gauche d'EELV sans aucun poids politique réel. Seul un rapport des forces significativement favorable pour elle (sans hégémonisme pour autant) lui permettra d'envisager la suite avec sérénité.

Le PCF poursuit sa lente et inexorable descente aux enfers. Mêmes les débris du PS parviennent à lui prendre des villes où il était implanté historiquement et ce ne sont pas deux ou trois prises (Bobigny...) qui changent cette donnée incontournable. Perdre Arles (13), Fontaine (38), Saint-Pierre-de-corps (37), des bastions de l'ex- ceinture rouge (Aubervilliers, Saint Denis, Champigny...) sont des signes supplémentaires de la phase terminale de ce parti en tant que force pesant sur la vie nationale. Malgré quelques résistances du "communisme municipal" et le fait que Ian Brossat retrouve son bureau à Paris, il n'y a plus rien à attendre de ce côté-ci. Le PCF est en fait parvenu à réussir une chose : muter un parti ouvrier ayant un logiciel marxiste en un petit groupe petit-bourgeois et européiste-réformiste en respiration artificielle (quand cela arrange ses alliés-bourreaux).

Bien entendu encore moins que rien du côté des archéos-cocos.  Même pas capables d'en faire autant que   - ô comble de détresse ! -  le trotskiste Philippe Poutou à Bordeaux. Nulle part. Même si cet excellent résultat est politiquement stérile. Mais au moins il donne une visibilité et possède probablement une signification locale face aux conséquences de la crise sociale.

Quant au soit-disant grand vainqueur, EELV, il aurait tort de croire lui-même à ce mensonge médiatique. EELV c'est la PS peint en vert. Nous voulons dire par cela que ce parti remplace la vieille social-démocratie discréditée avec la même base sociale. La "vague verte" alors que 60% des citoyennes et citoyens n'ont pas voté ! Mais enfin de quoi parle-t-on ? Il n'y avait qu'à voir la pathétique danse du ventre d'Olivier Faure (chef fantomatique du fantomatique PS) devant un Yannick Jadot gonflé comme la grenouille de la fable et prêt à distribuer le ministère du travail à ce pauvre Olivier Faure. Oublieux des leçons de La Fontaine.

La droite quant à elle n'a plu aucune stratégie. LREM mène sa politique et du coup la droite se sent obligée de se droitiser plus encore, plus thatcherienne que Thatcher si on veut... Ce n'est pas avec ça qu'ils vont se reconstruire. "Plus anti-social que moi tu meurs" n'a jamais fait une stratégie. D'autant que sur sa droite le RN veille.

Le RN qui ne fait pas des merveilles mais il conserve ses conquêtes ce qui est inquiétant. On aimerai que la gauche s'exprime sur ce fait. Cela dit le RN a aussi un problème de stratégie : la ligne Aliot c'est "nous sommes la droite". Celle de son ex-compagne Marine Le Pen c'est "Ni gauche, ni droite". Certes il y a adaptation au terrain local mais il y a quand même un vrai problème pour l'extrême-droite. Si une fraction de l'électorat populaire vote RN, si des gens du peuple voient dans le vote RN un vote anti-système, cela oblige le parti fasciste à se grimer en parti "social". Bref plus que jamais c'est sur les questions sociales que l'on démasque le RN et non sur des postures moralisatrices. 

Nous le disons souvent sur NBH l'alternative progressiste n'existe pas. Elle n'est ni claire, ni évidente pour les masses. Elles n'y croient pas, pour de multiples raisons et nous en avons évoqué plusieurs dans nos articles. Mais le résultat est là : à chaque élection l'abstention progresse. Seuls les électoralistes verseront des larmes. Pour les marxistes nous savons que les choses se passent ailleurs. Mais rien n'empêche qu'elles se traduisent aussi par le vote dans un pays comme le nôtre. Encore faut-il que la gauche soit capable de mener les luttes sociales avec la bataille politique et idéologique : on est très loin du compte. Et c'est cela qui explique l'abstention massive.

Car il y a des limites à la "longue patience du peuple". A Perpignan le PCF a appelé à voter Pujol (LR macron-compatible, surtout une droite enfin de course, héritière et mauvaise gestionnaire d'un système clientéliste abouti) pour faire barrage à Aliot ! Croit-on que de telles attitudes vont favoriser la participation électorale ?  En aucune façon. La FI d'ailleurs a été plus décente et cohérente en refusant ce front pseudo-républicain. N'oublions pas qu' il y a deux ans toute une fraction de la gauche appelait à voter Macron au deuxième tour des présidentielles. Macron camarades, Macron...

Et si la gauche, les soit-disant "avant-gardes", écoutait le peuple? Et si elle était en mesure de répondre à ses attentes ? Mais en fait bourgeois de droite et de gauche n'ont que mépris et peur du peuple qui est ..."populiste" voyons ! Et ils sont assez soulagés de ce vote censitaire qui s'instaure sans qu'ils aient besoin de l'imposer. Subrepticement.

Mais gare aux expressions que la voix du peuple peut prendre. Les Gilets jaunes ne sont que le prodrome de futures et inéluctables mouvements de colère populaire. Or sans débouché politique, de tels mouvements peuvent être stériles de cent façons et récupérés par les forces obscures.

Vite que la gauche offre une perspective. Ces municipales auront-elles au moins servi à cela?

 

Antoine Manessis.

 

 * Référence au Frente Amplio d'Uruguay fondé en 1971.

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