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                                       1er Mai. Gravure de Théophile Steinlen 1894

 

Pour beaucoup d'entre nous ne pas manifester le 1er mai sera une expérience difficile et espérons-le unique. Les circonstances exceptionnelles qui provoquent cette situation ont une dimension politique. Conséquence de la casse du service public de la santé, plus d'une année de lutte des soignants, de l'incapacité à mener une politique de prévention et de soins à la hauteur des enjeux (pas de masques, pas de tests, pas d'équipements de protection etc), l'incohérence, l'incompétence, les mensonges  de la clique macroniste sont apparus avec éclat. Seuls les confinés de grand luxe pourront encore croire que cet Exécutif-là est capable de gouverner la France.

Pourtant ne pensons pas que les déclarations péremptoires et les rodomontades gauchistes des groupuscules, sans aucune prise sur les masses, seront suffisantes pour traduire politiquement le profond mécontentement du pays face à la situation de crise profonde dans laquelle nous sommes et dans laquelle nous allons nous enfoncer. Tant que la logique capitaliste mènera le monde de Paris à Pékin, de Pretoria à Rio-de-Janeiro, de Washington à Moscou, le monde ira mal. Coronavirus ou pas.

La construction d'une alternative progressiste c'est-à-dire d'un processus politique, social et idéologique qui verrait la constitution d'un nouveau bloc historique capable d'inverser et de renverser la logique capitaliste, est la seule solution qui s'offre à nous.

 

La base de masse potentielle existe. La classe ouvrière, dans ses formes contemporaines, les employés, les classes moyennes (partiellement), les paysans, les intellectuels (partiellement), des petits commerçants et entrepreneurs et des retraités (Gilets jaunes), constituent objectivement un bloc largement majoritaire face au capital et aux catégories supérieurs qui lui sont dévouées. Mais ce potentiel ne se traduira pas politiquement par l'opération du Saint Esprit. Il faut avoir parfaitement conscience de l'effet politico-idéologique de l'écrasement du communisme organisé depuis une quarantaine d'années. Cela signifie que la bataille idéologique, la bataille pour gagner "le sens commun" des masses est nécessaire et qu'elle doit être menée à partir de la situation concrète et réelle du rapport de force. Cela n'implique pas la modération mais l'intelligence politique. Nous passons pour des Martiens auprès de nos concitoyens quand nous parlons ou écrivons comme en 1930 ou 1950 ou 1970. Beaucoup de camarades s'enferment dans des expressions, des symboles et, plus grave, dans des politiques identitaires-passéistes croyant faire renaître ainsi une situation qui ne renaîtra jamais. " On ne se baigne jamais deux fois dans la même eau d’un fleuve." comme le disait Héraclite. 

 

Nous devons retrouver une vraie radicalité - et non des postures-  à partir des contradictions de notre réel. Et comme nous l'écrivions il y a peu "à ce propos Lénine n'a strictement rien dit". Aussi inutile de singer notre passé pour le ressusciter, d'autant que nous ne singeons pas que la meilleure part de l'héritage... 

Ce qu'il faut donc c'est, avec nos outils conceptuels marxistes, apporter des réponses politiques nouvelles, des formes d'organisation nouvelles qui nous permettent de construire une masse critique qui puisse peser sur le cours des choses. Or c'est dans une dialectique parti/ masses, c'est-à-dire en prenant en compte la nécessité de l'organisation autonome des travailleurs qui centralise l'action et l'auto-organisation des masses, que l'on peut trouver le difficile point d'équilibre entre démocratie, sans laquelle nous perdons, et efficacité dans le combat de classe, tout aussi indispensable.

 

Nous en sommes d'autant plus loin que la gauche est pour le moment dominée par la petite-bourgeoisie. Elle domine la gauche et aussi l'extrême-gauche. Mais pour que les travailleurs retrouvent leur place, toute leur place, il nous faut résoudre, comme nous y invitait Gramsci, "le problème fondamental de l'adhésion des classes populaires à la révolution". Sans doute des passerelles se révéleront dans notre paysage politique qui permettront d'aller plus loin, de gagner des positions. En 2017 Mélenchon permit un rassemblement qui esquissait une alternative progressiste même avec des lacunes évidentes pour des marxistes. Mais la tendance était bonne. Nous ne sommes jamais à abri d'une bonne surprise.

Que ce 1er mai sans manif soit l'occasion pour nous tous de réfléchir au déconfinement de la gauche et en particulier au déconfinement des marxistes.

"La crise consiste justement dans le fait que l’an­cien meurt et que le nouveau ne peut pas naître" écrivait Gramsci. Faisons en sorte que le nouveau naisse. Pour notre peuple et pour tous les peuples du monde.

Vive le 1er Mai fête internationale des travailleurs !

Et n'hésitons pas à trouver des formes d'expression (malgré le confinement) pour exprimer notre attachement à cette date héritière des luttes du passé et porteuse d'un meilleur avenir pour les travailleurs et l'humanité toute entière. Nos fenêtres et nos balcons ont la parole.

 

Antoine Manessis

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