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                                                   Tombe d'Antonio Gramsci à Rome

 

Eric Hobsbawm s'adressa ainsi à Gramsci "Tu es mort depuis soixante ans, mais tu vis dans le cœur de ceux qui veulent un monde où les pauvres aient la possibilité de devenir de vrais êtres humains."  

 Arrêté par les fascistes le 8 novembre 1926, Antonio Gramsci restera en prison jusqu’à sa mort, le 27 avril 1937. Le procureur de Mussolini dira qu'il "faut empêcher ce cerveau de fonctionner". Mais les fascistes n'y parviendront pas. Pendant dix ans Gramsci ne cessera de travailler. De penser. D'écrire. Ses écrits restent pour bien des marxistes une source d'inspiration, une contribution incontournable pour une analyse et une action révolutionnaire dans les pays capitalistes avancés. Ses Écrits politiques et ses Lettres de prison sont désormais accessibles en français ainsi que de nombreux livres écrits sur la pensée de Gramsci.

Qu'on me permette une brève incidence personnelle. J'ai découvert Gramsci en 1967 dans un livre de Jacques Texier Gramsci publié chez Seghers. Sa pensée, telle qu'elle m'apparut dans ce petit livre, m'a immédiatement impressionné et parlé. Même si j'étais bien jeune pour en saisir toute la richesse. Vers 1975 j'ai dévoré le livre de Christine Bucci-Glucksman Gramsci et l'Etat puis grâce au ES (éditions sociales) des textes choisis du communiste italien Gramsci dans le texte.

Militant au PCF, secrétaire de ma Cellule, mes camarades et moi, nous étions très investis dans la campagne présidentielle en faveur du candidat unique de la gauche, François Mitterrand. Enthousiaste mais sans illusions, nous défendions la place, à l'époque la première, du Parti au sein de la gauche. Lors de l'immense meeting du candidat à Grenoble ce sont les "Union, action, avec les communistes" "et "Une seule solution la révolution, un seul chemin le programme commun" qui s'imposèrent dans une salle remplie de 20.000 personnes.

Deux ans plus tard le XXIIe congrès avait lieu et certains d'entre nous menèrent la bataille contre l'abandon de la dictature du prolétariat. Rude bataille non sur le fond car les deux points de vue avaient leur pertinence. Mais sur la forme : les représentants locaux de la direction cognèrent non avec des arguments politiques mais avec des accusations de fractionnisme, de non respect du centralisme démocratique, de menchévisme,  et autres balivernes dont le seul objectif était d'isoler et discréditer les militants critiques. 

En 1978 eut lieu la grande crise au sein du Parti et les militants critiques étaient plus nombreux mais divisés. je regrettais personnellement qu'Althusser, même si je ne fus jamais althussérien, et les autres courants de la contestation n'aient pas pu s'entendre au-delà d'une lettre commune. Mais si nous étions d'accord pour une vraie démocratie dans le Parti, les perspectives stratégiques divergeaient. Mais là encore nous étions des anti-léninistes, des anti-soviétiques, des gramscistes révisionnistes bref "des intellectuels assis derrière leurs bureaux" comme l'avait élégamment dit Marchais, qui lui ne travaillais pas en usine depuis quelques dizaines d'années...

Je referme la parenthèse personnelle pour en revenir à Gramsci. Un peu perdu face à la crise profonde (et qui fut fatale) du PCF je retrouvai Gramsci. Or Gramsci éclairait la crise du communisme de plusieurs façons.

Il avait une vision stratégique qui, tout en se référant à Lénine, en était une prolongation adaptée à une société comme la nôtre. Il savait insister sur le rôle de la classe ouvrière sans ouvriérisme. Il donnait toute leur place aux intellectuels sans sombrer dans l'opportunisme petit-bourgeois. Il conciliait ou du moins il montrait la contradiction entre efficacité organisationnelle et démocratie interne. Il ne cachait pas la problématique soulignant la nécessité de l'organisation de combat et de la démocratie interne. Avec Gramsci les stupidités dogmatiques étaient balayées non par des arguments d'autorité mais par le déploiement d'une pensée dialectique qui prenait en compte les contradictions de notre société loin des crispations religieuses qui  camouflaient mal l’impuissance stratégique dont nous voyons aujourd'hui les résultats.

Gramsci mort en 1937 était autrement plus vivant que des directions fossilisées maniant l'excommunication.

Gramsci est pour les marxistes qui le connaissent un peu et sans doute encore davantage pour ceux qui le connaissent beaucoup, un phare dans cette "obscur début de siècle" aussi éloigné des platitudes social-démocrates que des doctrinaires confinés dans un monde imaginaire.

Gramsci est vivant.

 

Antoine Manessis. 

   

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