Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

NBH propose à votre regard critique les analyses de Roger Martelli* dans cet entretien que l'historien donne à la revue Regards. Nous avons estimé que la qualité et la profondeur de ce point de vue ainsi que les perspectives qu'offre l'histoire est un enrichissement au débat qui nous tient particulièrement à cœur à NBH.

http://www.regards.fr/le-long-regards/article/roger-martelli-si-ca-continue-marine-le-pen-prendra-le-flambeau-de-la-colere

Les problématiques de l'alternative politique progressiste, des changements du capitalisme contemporain et ses conséquences sur la classe ouvrière, les perspectives politiques que l'on peut définir par rapport aux évolutions sociales, économiques, idéologiques, toutes ces questions sont traitées avec le recul et la profondeur que donne l'histoire.

Roger Martelli nous décrit d'abord le mouvement ouvrier, son expansion, son intervention qui pèse sur l'ordre des choses et sa convergence avec la gauche politique, en particulier dans les temps forts de notre histoire 1936, la Libération, 1968 etc. Il nous dit aussi que nous ne sommes plus du tout dans cette période. Ce changement vient sur le fond de ceux du capitalisme qui s'est financiarisé et numérisé et fonctionne dans un cadre mondialisé.  La disparition des statuts, le recul de la redistribution, le repli de l'industrie au profit des services rendent la situation polarisée mais plus complexe  avec l'éclatement de la classe et la difficulté à désigner l'adversaire (actionnariat plutôt que le patron physique). Le mouvement ouvrier ne disparaît pas mais sa centralité est en question. 1968 fut la dernière grande grève ouvrière mais les années post-68 virent apparaître d'autres formes de conflictualité (écologie, féminisme, mouvement des "sans"-logement, papiers...-.  altermondialisme, Indignés etc). Le profil de ceux qui luttent dans ces mouvements est différent de la tradition ouvrière(rapport aux institutions syndicats et partis inclus).

Le mouvement des Gilets jaunes est composite, il a des points communs avec le mouvement ouvrier mais ce qu'il exprime peut aller dans des directions différentes. Le ressentiment renforce le fascisme comme on l'a vu en Italie, surtout quand la gauche est dans une situation de désagrégation absolue.

La question du fonctionnement de la démocratie est aussi posée puisque dans tous les pays capitalistes avancés on voit 50% du peuple déserter les élections. La délégation est mise en cause et cette interpellation touche syndicats et partis. Le mouvement des retraites et le rôle central de la CGT est certes encourageant mais on ne doit pas s'en contenter. L'affaiblissement des syndicats depuis des années exige de repenser leur mode de fonctionnement.

                                                                    Roger Martelli

 

Nous vivons un absence de perspective politique, une période de régression démocratique, d'instabilité, d'inquiétudes marquée par l'échec du soviétisme et de la social-démocratie. Cette crise peut aboutir au fascisme. La gauche cherche des issues mais reste prisonnière du passé. Au XXe siècle la gauche depuis 1934 a opté pour le schéma Front Populaire. Reformulé par les PCF en stratégie d'Union de la gauche dans les années 1960. L'idée ne manquait pas de dynamisme politique : l'Union de la gauche permettait de rassembler contre les monopoles pour un programme keynésien avancé permettant d'unir les forces pour une rupture systémique plus importante. Ce schéma, ce projet n'est plus de notre temps. Il était adapté à un capitalisme national et contraint au compromis. Or aujourd'hui nous avons a faire à un capitalisme néolibéral mondialisé. Un autre période qui demande une autre stratégie.

Le populisme dit "de gauche" n'est pas la solution car la coupure  haut/bas, peuple/élite, eux/nous,  ne porte pas la nécessité d'un changement du système capitaliste. La critique doit être raccordée à une alternative. Sinon dans une confrontation de ressentiment, l'extrême-droite l'emportera. 

Il faudra à la gauche construire un rassemblement qui constitue une majorité politique. La gauche sous-estime les causes du désordre, sa situation éclatée vient de l’absence de projet, de récit. Face aux deux récits de la fluidité et de la flexibilité, de Macron et son bloc, et de la Protection et de la clôture de Le Pen et son camp, la gauche doit proposer celui de l'émancipation. Ce n'est pas qu'un programme c'est aussi un imaginaire.

C'est pourquoi nous avons estimé indispensable de vous proposer l'écoute de cette réflexion qui est une contribution utile et constructive au débat central pour les marxistes, pour la gauche et central sur NBH : comment construire une alternative de progrès au XXIe siècle.

http://www.regards.fr/le-long-regards/article/roger-martelli-si-ca-continue-marine-le-pen-prendra-le-flambeau-de-la-colere

 

NBH

* Roger Martelli, né en 1950, est normalien (promotion 1969) et agrégé d'histoire, longtemps directeur des Cahiers d'histoire de l'Institut de recherches marxistes. Roger Martelli a contribué au renouvellement de l'histoire du communisme.  Il fait partie du conseil scientifique de la Fondation Gabriel-Péri. Il est codirecteur de la rédaction du magazine Regards.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :