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Le 5 mars 1953 mourait Staline.

L'homme qui a dirigé le parti communiste bolchevick et l'Union soviétique pendant une trentaine d'années s'éteignait. Une profonde et sincère émotion s'empara du peuple soviétique et des communistes du monde entier.

Staline symbolisait la victoire contre le fascisme. Stalingrad, la ville de Staline, fut un un tournant de la IIe Guerre mondiale et fit naître un immense espoir dans le monde entier. Le drapeau soviétique planté au sommet du Reichstag par l' Armée rouge à Berlin ouvrait, pouvait-on croire, une ère de paix et de prospérité.

Hélas l'impérialisme étasunien provoquèrent la guerre froide. Froide car le monde ne s'embrasa pas dans un troisième conflit mondial mais la guerre fut chaude dans de multiplies zones de la planète.

Assez vite après la mort de Staline - quelques semaines après son décès -  ses plus proches camarades, ceux qui avaient dirigés à ses côtés le Parti et le pays, prirent leurs distances avec le Vojd. Lors de son 20e et 22e congrès le PCUS* s'engagea dans la "déstalinisation", la condamnation du "culte de la personnalité", la dénonciation de la répression, la réhabilitation de certains communistes exécutés etc.

Si quelques dirigeants comme Molotov firent de la résistance au processus, globalement et dans sa masse le Parti accepta cette nouvelle ligne.

Cet événement eut des conséquences énormes dans tout le mouvement communiste international. Des directions "staliniennes" furent écartées, des débats s'ouvrirent dans les PC sur "le stalinisme", des certitudes furent ébranlées, des croyances vacillèrent. Les germes de certaines scissions à venir du MCI datent de cette cassure et la crise des partis communistes aussi.

Soulignons simplement et très succinctement deux aspects de ces événements.

Le premier aspect, apparemment paradoxal, est le caractère "stalinien" de la "déstalinisation". Aucun débat au sein du Parti et a fortiori dans la société ne prépara cette nouvelle orientation qui fut décidée par le Politburo. Elle fut quasiment acceptée, sans finalement trop d'opposition, car venant d'en haut. Même son caractère caricatural, accusations ridicules contre un Staline qui aurait dirigé les batailles depuis une mappe-monde ou le retrait nuitamment de sa momie du mausolée où il reposait aux côtés de Lénine, était imprégné de la manière de faire "stalinienne" où les divergences étaient criminalisées, le rôle des opposants nié et même leurs visages effacés des photos. Le Parti condamnait sa propre action mais sans auto-critique. Simplement avec un bouc émissaire bien commode puisque mort. Mais le problème fut que cette façon de faire aboutit à ce que le bébé fut finalement jeté avec l'eau du bain.

Non que l'analyse critique des périodes précédentes ne devait pas être faite ! Mais il aurait fallu le faire en contextualisant les événements (grande terreur, goulag, Katyn, procès d'avant et d'après guerre, etc). En essayant de comprendre le pourquoi et le comment. Par exemple pourquoi le culte du chef s'impose-t-il non seulement dans la Russie "barbare" (le terme est de Lénine) mais dans les autres pays socialistes et, plus étonnant encore, au sein de tous les partis communistes? Il aurait fallu comprendre, expliquer et non adopter une démonologie simplette qui empêchait justement une vraie critique utile et constructive de ces événements. D'autant que finalement rien ne changeait vraiment dans le fonctionnement des partis communistes ni dans le bon, ni dans le mauvais. Les PC continuèrent à se battre pour les intérêts du prolétariat mondial et contre l'impérialisme et la démocratie au sein des Partis était toujours aux abonnées absents. 

Cela étant les partis communistes n'étaient pas seulement ce que décrivent les poncifs et les "vérités" établies de l'idéologie dominante, une structure de domination, mais, en même temps, bel et bien un instrument de militantisme. A l'heure où ils n'existent quasiment plus ou de façon résiduelle, on s’aperçoit du résultat lamentable que cela provoque sur l'offre politique.

Il est temps que les historiens s'emparent de l'analyse de cette longue période pour en montrer la complexité, les contradictions, la réalité. Les Furies d' Arno Meyer, Dans l'équipe de Staline de Sheila Fitzpatrick, L'internationale communiste de Serge Wolikow, Staline de Domenico Losurdo,  Camarades ou apparatchiks ? Les communistes en RDA et en Tchécoslovaquie, 1945-1989 de Michel Christian et bien d'autres encore, loin des hagiographies des uns et de la criminalisation des autres, ont commencé ce travail.

Le deuxième aspect réside dans ce que nous pouvons constater 67 ans après la mort de Staline.

En France  il est assimilé à un criminel de masse par une propagande massive relayée par les médias de masse et même par les programmes scolaires. L'URSS de Staline n'a pas la cote : en 1945, 60% des Français savaient que l'URSS était la force principale de la victoire sur les nazis (27 millions de morts, 13% de la population) contre 20% pour les Etats-Unis (400.000 morts, 0,2% de la population). Aujourd'hui 54% croient que ce sont les Etats-Unis et 23% savent que c'est l'URSS. L'efficacité du soft power étasunien est à souligner. Les "vérités alternatives" comme dit Trump, c'est à dire les mensonges, les craques, les mystifications, ont un bel avenir.

En Russie en revanche, mais ils ont payés pour savoir, Staline est considéré comme "l'homme le plus éminent de l'histoire" par 80% des Russes. Il est vu comme un leader qui garantissait la justice sociale et la grandeur du pays. Il est vrai que passer en 30 ans, avec une guerre abominable sur son territoire, d'un pays arriéré à 80% agricole à la deuxième puissance mondiale est un bilan dont le peuple russe ne peut pas ne pas tenir compte.

Comme on le voit nous naviguons avec l'histoire de l'URSS sous Staline dans un complexe de contradictions. Il faut les assumer toutes. Des historiens font leur travail, on l'a vu. Les politiques doivent faire le leur : avoir le courage de dire qu'une part de l'héritage de cette période historique est à rejeter parce que politiquement obsolète et même gravement nuisible. Et une part doit être défendue car conforme à la vérité et à la reconnaissance que nous devons avoir vis à vis de ceux qui, du plus humble citoyen soviétique à leur chef, nous ont permis de vivre libres.

 

AM

 

 

 

 

 

* PCUS parti communiste d'Union soviétique

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