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Comment l'alternative progressiste, dont l'absence se fait si cruellement sentir en France et aussi dans nombre de pays, peut-elle voir le jour ? Comment s’engager résolument dans la construction d’une alternative de gauche, en mesure de traduire la légitime colère ouvrière et populaire dans un sens émancipateur?  

D'abord quel est l'état des lieux ?

Le mouvement contre la loi Travail et donc la politique de François Hollande ont achevé de détruire ce qui restait de base sociale au PS créant ainsi les conditions de l'émergence d'une force à gauche d'un PS ayant sombré comme avant lui la vieille SFIO. Macron n'a rien trahi du tout, il a rassemblé les néolibéraux de la social-démocratie et de la droite.

La macronie porte une faiblesse depuis sa naissance : elle a une base de masse très étroite. Et après trois ans le mécontentement et le rejet, très profond, de cette caste oligarchique et arrogante n'a fait que grandir. La situation n'est donc pas simple pour les "fondés de pouvoir du capital" qui n'ont jamais aussi bien porté ce qualificatif donné par Karl Marx.

Quant à la droite (LR) sa radicalisation , réponse à la tenaille RN/Macron, réduit encore plus sa base.

Enfin les fascistes sont également devant un dilemme. Ils ne peuvent pas gagner seuls. Il leur faut s'unir avec la droite sur des positions européistes et néolibérales. Or une des explications de leur force est justement qu'ils tentent d' apparaître comme anti-système, voire sociaux. Une constante des partis fascistes. Les lignes Marine et Marion incarnent ce dilemme. Sortir de l’ambiguïté serait évidemment la dernière chose à faire pour le RN mais le capital exerce une pression qui a obligé Le Pen à lever l'hypothèque européenne en s'y ralliant et en virant Philippot, l'aile plébéienne du RN.

Quant aux Verts (EELV), enivrés par leur score aux européennes, ils croient pouvoir gagner une place centrale dans l’échiquier politique et s'offrir au plus offrant. Mais leur discours est inaudible dans les classes populaires. Sans compter que le mouvement est loin d'être homogène et que la ligne Jadot peut exploser en plein vol au moindre changement du rapport des forces politiques qui sont très instables.

La véritable donne politique nouvelle à gauche fut le résultat de JL Mélenchon en 2017, débarrassé des boulets PCF/extrême-gauche. Il est parvenu à rassembler le vote communiste, une partie du vote socialiste, une partie des abstentionnistes populaires, et grâce à cela à abaisser le score du FN. S’appuyant sur l'imaginaire républicain-jauréssiste, armé d'un discours combatif nettement plus à gauche qu'un PCF émasculé et n'hésitant pas sur la question stratégique décisive de l’Union Européenne a esquissé la perspective d’un plan B, qui comporte l’option d’une sortie de l’euro, et même de l’UE. Hélas atténué en fin de campagne - et que dire de la lamentable campagne européenne -  où la ligne Autin européiste et anti-patriotique (elle ne chante pas La Marseillaise cette gauche-là) a provoqué des dégâts que l'on sait.

Reste que JLM dénonce la trahison de Tsipras contrairement à d'autres qui donnent des leçons à Mélenchon comme certains secteurs sectaires du PCF ou de l' extrême-gauche pourtant incapables de faire la différence entre supranationalisme européiste et patriotisme révolutionnaire. 

Et c'est à peu prêt tout. Le reste n'a pas et est incapable d'obtenir une masse critique qui lui permette de jouer quelque rôle que ce soit. A part ratiociner hors de toute réalité concrète lançant des mots d'ordre que nul n'entend et enfermé dans des sectes inutiles ayant achevées leur cycle historique.

Dans ce contexte que faire?

Sur le plan politique se rappeler des analyses d'Antonio Gramsci sur les périodes historiques de "crise organique" où crise d'autorité et de confiance règnent, où il y a rupture du lien entre représentants et représentés, où on se heurte à l'incapacité des classes dominées à constituer un "intellectuel collectif" qui puisse organiser les forces diverses capables de forger "un nouveau bloc historique". De telles situations aboutissent au "césarisme". De droite ou de gauche. Avec une place importante au chef charismatique.

Cela explique la mode (déjà passée?) du populisme de gauche. Non que ce concept soit dépourvu d’intérêt. Il l'est d'autant moins qu'il tente une réponse progressiste à la crise du mouvement communiste. Cela étant on est bien obligé de constater les impasses et les limites de cette option que ce soit en Espagne ou en France. Mais surtout c'est l'échec, le fiasco de toutes les tentatives de construire un parti ou mouvement communiste, de gauche de gauche, progressiste comme on voudra l'appeler qui fut à l'origine de ce vide organisationnel que le populisme de gauche n'a pas pu combler. Certes ne pas reproduire les formes bureaucratisées et sectaires qui ont marqué le passé (et le présent des groupuscules) est indispensable. Mais la question de l'organisation reste centrale.

A ce propos trois remarques.

​​​​​​​Cette réflexion ne peut être que collective. Et pour ce faire il faudra apprendre à nous parler vraiment. A échanger des arguments sans que volent les noms d'oiseau et les qualificatifs "politiques" qui visent à discréditer l'interlocuteur. N'est pas un ennemi le camarade qui n'est pas d'accord avec telle ou telle proposition politique. Déformer et amalgamer pour terrasser l'ennemi imaginaire n'avance à rien : c'est enfoncer des clous sur le cercueil de nos espérances.

Le caractère de classe de cette organisation doit être clairement affirmé. C'est le prolétariat et la classe ouvrière telle qu'elle est aujourd'hui qui doivent former "le groupe dirigeant" pour utiliser le vocabulaire gramscien. Cette affirmation n'est pas inspirée par un ouvriérisme étroit mais par le constat des faits. La petite-bourgeoisie est l'alliée naturelle du prolétariat mais lorsque celle-ci dirige le mouvement populaire nous pouvons constater que ses hésitations et ses priorités, qui sont dans sa nature de classe, ne sont pas celles du prolétariat. Les liens organiques entre les classes ouvrières et prolétariennes et l'organisation à construire nous paraissent fondamentales. Cela n'exclue en rien les "intellectuels organiques" générés par les classes dominés car  l'intellectuel organique comprend par la théorie mais sent aussi par l'expérience la vie du peuple. L'absence de liens et de coordination entre la CGT et la FI, par exemple, explique en grande partie les difficultés du mouvement progressiste : le CGT n'a pas de perspective politique pour soutenir et élargir son action syndicale et la FI n'est pas la traduction politique des revendications ouvrières/populaires et du coup une fraction importante du prolétariat ne se reconnait pas en elle.

Enfin il nous faut prendre conscience qu'il nous manque une analyse de la société et de ses rapports de classes aujourd'hui. Des changements immenses ont eu lieu. Par exemple l'uberisation de la classe ne peut pas être sans conséquence sur les luttes. Lesquels,s'il ne remettent pas en cause les fondamentaux de l'analyse marxiste, nécessitent qu'on les analyse plus finement afin d'élaborer une stratégie qui en tienne compte et permette de construire une volonté politique et sociale élaborée à partir du vécu du prolétariat du XXIe siècle. 

En guise de conclusion nous pouvons constater que la construction d'une alternative de gauche sera une rude bataille et que nous sommes loin du compte. Que Corbyn, Sanders ou Mélenchon portent aujourd'hui la seule perspective réellement existante d'une avancée progressiste nous montre le chemin qui reste à parcourir.

 

Antoine Manessis.

 

 

 

 

 

 

 

 

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