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La Turquie semble engagée dans un chemin dangereux. Ce n'est pas nouveau.

Ce pays de 82 millions d'habitants, pilier oriental de l'OTAN et de ce fait protégé par les Etats-Unis, mène une politique aventuriste et agressive dans la région méditerranéenne et Proche-Orientale depuis des décennies.

Erdogan est sans doute une caricature de cette politique mais il n'en n'est pas l’initiateur. En Turquie l'armée a des liens très étroits avec la CIA et les coups d'Etats militaires visent les forces progressistes décimées par la répression des militaires, de la police et des groupes d'extrême-droite travaillant ensemble (assassinats, tortures, prison etc). Le courant islamiste est promu et utilisé contre la gauche avec la bénédiction de Washington. C'est ainsi que l'AKP d' Erdogan parvient au pouvoir.

La Turquie, bien avant Erdogan, en 1974, envahit Chypre qu'elle occupe toujours, 45 ans après, malgré les condamnations de l'ONU et des instances internationales. L'UE est totalement complice de l'occupation d'un pays membre par les troupes turques, ce qui montre ce que valent les principes démocratiques les plus basiques aux yeux de l'UE.

Le gouvernement turc mène également une guerre civile sanglante contre une partie de sa population, le peuple kurde, composante de la nation et de la République, exigeant le respect de sa culture et combattant pour son autonomie depuis plusieurs décennies. Le PKK principale force de la résistance kurde est considérée comme "terroriste" par l'UE, les Etats-Unis, alignés sur Ankara. 24% de la population de Turquie est composée de Kurdes.

Rappelons pour mémoire la répression permanente des forces démocratiques turques et l'anéantissement des libertés syndicales et politiques par Erdogan que nos médias-chiens de garde appelaient, il y a peu encore, "l’islamiste modéré" ou "l'islamiste- démocrate" en référence aux chrétiens-démocrates....

Sur le plan économique le néolibéralisme triomphe aussi en Turquie. Avec pour résultat une économie malade, un chômage important, une inflation forte, le départ à l'étranger des jeunes turcs, la Turquie restant le second pays de l’OCDE à avoir le plus d’inégalités de revenus après le Mexique....

En politique internationale Erdogan tente de jouer sur les rivalités entre grandes puissances, Russie et Etats-Unis en particulier. Ainsi l'armée turque se dote d'armes russes ses relations étant tendues avec les Etats-Unis compte tenu de la position ambiguë des Américains vis à vis des milices kurdes syriennes considérées comme "terroristes" par la Turquie. Mais la récente incursion turque en Syrie contre les kurdes syriens sans que les Etats-Unis ne réagissent vraiment et plaçant la Russie en position d'arbitre, montre qu'Erdogan n'hésite pas à bousculer, seulement dans une certaine mesure, les codes de la politique internationale turque.

On l'a vu avec le chantage aux migrants adressé à l'UE qui sous-traite à la Turquie le rôle de sentinelle de la forteresse européenne moyennant quelques milliards.

Ses récentes déclarations sur la Libye s'inscrivent aussi dans cette fuite en avant. Avec une dimension évidente visant à l'hégémonie régionale. Contre  l'Arabie saoudite, l'Egypte et les Emirats arabes unis qui soutiennent le général Haftar alors qu'Erdogan soutient le gouvernement de Tripoli. Erdogan dénonce également le soutien de l'UE et de la Russie aux forces de Haftar, ce qui montre d'ailleurs la fragilité de la "réconciliation" Moscou/Ankara. En soutenant le gouvernement de Tripoli, Erdogan veut apparaître aux yeux des Étasuniens comme un barrage aux Russes. Poutine quant à lui vise le pétrole Libyen.

La Turquie a également signé, avec la Libye, un accord de délimitation maritime qui permet à Ankara de faire valoir des droits sur de vastes zones en Méditerranée orientale convoitées par d'autres pays, notamment la Grèce mais aussi l'Egypte et Chypre conformément au droit international. Grecs et Égyptiens ont mis en garde Erdogan après cet accord provocateur. N'oublions pas qu'Erdogan est proche des Frères musulmans pourchassés sans pitié par le maréchal Sissi en Egypte.

En multipliant les points de conflit, Erdogan espère que le nationalisme turc sera plus fort que les difficultés sociales du peuple turc et l'empêchera de voir ses vrais ennemis. D'autant plus que la Turquie d'Erdogan n'est pas en mesure objectivement de se poser comme un "grand", même régionalement. Sa situation économique, politique et ses liens avec les Etats-Unis, ses contradictions et son aventurisme belliciste risquent en revanche d'aggraver les tensions dans cette région du monde qui n'en manque pas.Comme l'a appelé un analyste, Erdogan "est le sultan d'un illusoire empire ottoman".

 

Antoine Manessis.

 

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