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L'alternative de gauche se fait attendre. Certes, de plus en plus, c'est l'absence d'une telle alternative qui est soulignée par les militants du mouvement ouvrier et démocratique et les intellectuels progressistes. Mais la réponse à cette problématique est inexistante ou en tous les cas inaudible.

Des balises indiquant le chemin de l'alternative sont portées par les masses si l'on veut bien se donner la peine de les regarder. En voici quelques unes à la fois négatives et positives, ce que l'on ne veut pas et donc ce que l'on veut.

Une gauche de gauche. Les trahisons, les reniements, les demis-mesures, les compromissions de la gauche, c'est le socle principal des victoires des droites, qu'elles soient d'extrême-centre ou d’extrême-droite. La construction d'une gauche de gauche est la condition au rassemblement des gauches, dans le sens où sans une telle composante, la résultante sera la social-démocratisation de la gauche et donc son impuissance et sa défaite.

Une gauche de gauche sera aussi ouvrière. Sans la classe ouvrière, celle d'aujourd'hui, du XXIe siècle, sans les couches populaires, c'est la petite-bourgeoisie, les "classes moyennes" comme disent les médias pour entretenir la confusion, qui dirige la gauche. Or on constate, il ne s'agit pas d'un procès d'intention, que cette catégorie sociale tend, par mépris et méfiance du peuple, des ouvriers réellement existants, à reprendre contre les masses les critiques de l'idéologie bourgeoise "Ceux qui fument des clopes et roulent en diesel". De plus la domination petite-bourgeoise à gauche a évidemment des conséquences sur la ligne politique. Ce sont les thématiques de cette classe qui sont mis en avant. Or la question sociale est négligée, du moins gravement sous-estimée au profit de questions sociétales ou environnementales. Sans parler d'attitudes culturelles qui entraînent en retour une détestation de la gauche petite-bourgeoise-libérale par les ouvriers et les couches populaires. On se rappelle du think tank social-démocrate tendance rocardo-blairiste Terra Nova qui avait théorisé l'abandon politique des  ouvriers et couches populaires au profit "des jeunes, des femmes et les populations immigrées". Bien entendu toutes les luttes menées ces dernières années démontrent la centralité du combat du prolétariat et le rôle tout aussi central de la classe ouvrière. Y compris celle privé de travail par le capitalisme qui a désindustrialisé massivement.

Une gauche de gauche ne peut plus penser qu’elle parviendra, sans sortie de l’UE, à changer le rapport de force à l’intérieur d’une machinerie spécialement conçue pour institutionnaliser le règne du capital. Face à un rouleau compresseur dont on a vu comment il a pu écraser la Grèce le seul moyen de mener une politique de progrès social et de respecter la souveraineté du peuple, qui est le socle de la démocratie, implique la sortie de l'EU. Ceux qui abandonnent ce terrain de la lutte des classes à la droite extrême et à l'extrême-droite, aux nationalistes, aux xénophobes et aux racistes, portent une très lourde responsabilité dans le  marasme où se trouve la gauche. L'internationalisme est l'exact contraire du supranationalisme capitaliste qui écrase les souverainetés nationales/populaires pour mieux appliquer son néolibéralisme meurtrier. La  prise en compte de la question nationale est liée à ce constat, comme le disait déjà Jaurès "un peu d'internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup y ramène". Toutes les victoires du mouvement ouvrier et progressiste ont eu pour condition la synergie du combat pour l'émancipation sociale et pour l'émancipation nationale.

L'unité populaire, le nouveau Front Populaire, ne peut se forger que si les trois axes définis plus haut sont la base d'un programme minimum de gauche portant des mesures sociales qui rompent avec la logique du capitalisme néolibéral, qui brise les outils de celui-ci, qui rend aux peuples les richesses qu'ils produisent : renforcement des  services publics, nationalisation/socialisation des grands moyens de production et d'échange, démocratisation des médias, vaste plan de sauvegarde de l'environnement (air, terre, eau, nourriture, agriculture paysanne, énergies...) incompatible avec la logique capitaliste.

Ces éléments composant une alternative de gauche sont exprimés déjà dans l'attitude et les attentes du peuple si l'on veut bien se donner la peine de l'écouter. Ce qui manque c'est la cristallisation de ces tendances sous une forme organisée. La base d'une hégémonie culturelle pour un projet alternatif de gauche est portée dans les contradictions du système capitaliste. Reste à exprimer politiquement ces volontés populaires et leurs offrir une perspective crédible et contemporaine alors que la domination du capital est basé sur la répétition ad nauseam du thacherien TINA (there is no alternative/il n'y a pas d'alternative).

En France les luttes et les grèves actuelles, qui ont le soutien majoritaire du pays et le soutien massif du peuple, démontrent que les conditions objectives d'un vrai changement social, démocratique, et révolutionnaire, c'est-à-dire porteur de la fin du mode production capitaliste, existent. Partout dans le monde ces revendications sont portés par des mouvements de masse qui ne peuvent trouver d'issue ailleurs que dans un nouveau mode de production que nous, marxistes, appelons le socialisme. Il ne sera pas la copie d'autres expériences historiques, avec leurs parts de lumière et d'ombre, et s'il s'inscrit avec fierté dans l'histoire multiséculaire du mouvement ouvrier et démocratique, il sera l'oeuvre créatrice des peuples.

 

Antoine Manessis.

 

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