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Les résultats électoraux au Portugal doivent être replacés dans le contexte européen. Disons-le d'emblée ce contexte dessine un environnement politique sombre pour le communisme organisé.

Rappel de quelques chiffres signifiants au travers de quatre pays : le Grèce, l'Italie, le Portugal et la France. Pourquoi ces quatre pays? Parce qu'ils ont eu de grands partis communistes, qui ont marqué l'histoire de leurs pays.

Grèce.

Le KKE a une histoire héroïque et tragique. De sa naissance en 1918 à aujourd'hui le PCG a connu cinquante ans de clandestinité, prisons, tortures, assassinats, exil... Après avoir dirigé une des Résistances antifascistes la plus puissante d'Europe, le KKE fut battu à la suite d'une intervention militaire impérialiste anglaise puis étasunienne s'appuyant sur les bandes monarcho-fascistes qui avaient collaboré avec les nazis et les fascistes (Allemagne, Italie et Bulgarie occupant la Grèce). Cette défaite fut le résultat du rapport de forces international entre l'Union Soviétique et les Etats-Unis. Suit une période tragique marquée par une répression anti-communiste inouïe, des crises internes et parfois violentes au Parti qui aboutissent en 1968 à la scission du PCG. Après la chute du régime des Colonels (1974) le PCG devient légal. Il se présente aux élections. Ses résultats électoraux sont significatifs autour de 10% (77: 9%, 81:11%, 89 :13%, 90/10%). Depuis 1993 l'érosion est continue et le KKE stagne autour de 5%. La gauche dite radicale (Syriza) passe de 3% en 1993 à 26% en 2012 et 36% en 2015 où Syriza parvient au gouvernement avec Tsipras. Même après sa trahison flagrante et sa défaite Syriza obtient, en 2019, 31% des voix contre 5% au KKE. Sachant qu'il y a eu environ 43% d'abstention....En même temps entre 2012 et 2019 l'extrême-droite (Aube Dorée) dépasse le PCG avec un score moyen frôlant les 7%. La ligne stratégique du PCG est une ligne "classe contre classe". Il est allé jusqu'à s'abstenir lors du référendum de juillet 2015 qui a aboutit au résultat suivant :

– 41,1% abstention, blanc ou nul.
– 36,1% ont voté NON (Oxi).
– 22,8% ont voté OUI (Né).

Tsipras, on le sait, s'est bien sûr assis sur le vote du peuple souverain sur ordre de la sinistre Troïka (EU, BCE, FMI) mais on peut se demander s'il aurait pu agir avec autant de légèreté si le rapport de forces avait été plus favorable au NON...Toujours est-il que la stratégie du PCG est une ligne qui dénonce le VIIe congrès de l'Internationale Communiste (IC) qui, selon le CC du PCG, n'a pas permis au Parti de «connecter en pratique la lutte héroïque pour la libération nationale avec la conquête du pouvoir ouvrier, de sorte qu’il n’a pas pu répondre aux conditions de la situation révolutionnaire qui a été créée pendant la libération». Depuis la mort de son président, Charilaos Florakis, le Parti communiste mène donc une politique qui consiste à faire du renforcement du Parti comme la condition de toute autre avancée. Le CC demande aux militants, à l'occasion du centenaire du KKE, de faire preuve de "résilience dans des conditions de recul de mouvement", faire preuve de "ténacité et de persévérance en dépit de l’absence de résultats visibles." La question étant que l'absence de "résultats visibles", l'absence même d'une perspective autre que un "pouvoir ouvrier" fixé aux calendes grecques, entraîne une érosion lente mais inexorable du KKE. D'autant que le KKE perd en pourcentage mais plus grave en voix : de 700.000 en 1989 à 300.000 en 2019. Sa force n'a pas disparu, ses liens syndicaux sont réels, mais sa force propulsive semble tarie.

Italie.

Le plus grand parti communiste d’Europe occidentale, qui naviguait autour de 30% du corps électoral. En 1983, un an avant la mort d'Enrico Berlinguer, le PCI réalise 30%  (il réalisait 30% en 1979 et 34,7% en 1976) avec un score en voix équivalent autour de 11 millions de voix et une participation massive autour de 90%). En 1987 le PCI résiste encore avec 26,5% et plus de 10 millions de voix. En 1992 après le changement du nom du PCI en PDG (parti démocrate de gauche) il fait encore 29,6%  mais avec seulement 6 millions de voix. En 1994 et 1996 il rassemble  13 et 16 millions de voix sous le nom de Progressistes puis l'Olivier. Refondation communiste fait son apparition aux élections de 2001 mais ne réunit que 5% des voix et 1.800.000 de voix. Le Parti des Communistes Italiens  quant à lui obtient 620.000 voix, 1,6%. En 2006 ils obtiennent respectivement 5,4% et 2,3% des voix soit 5,4% et 2,3%. En 2008 La Gauche (ex-RC) obtient 1.100.000 voix soit 3%. C'est la dernière fois que des députés communistes seront représentés à la Chambre. En 2013 et 2018 il n'y a plus de communistes. Parallèlement à l'effondrement des communistes, le Mouvement 5 étoiles et la Ligue progressent jusqu'à parvenir au pouvoir. Le Parti Démocrate (ex-PCI) se transforme en parti d'une fraction du grand capital de type LREM pour établir un parallèle avec la France. L'Eurocommunisme a donc aboutit à ce fiasco total. Soulevant de vraies questions, il a apporté de mauvaises réponses : les faits parlent d'eux-mêmes. Constatons que la liquidation du communisme comme force agissante, d'un espace politique de gauche n'est plus seulement un cauchemar mais peut être une réalité.

Portugal.

Comme nous l'avons vu dans notre article sur la situation dans ce pays, (http://nbh-pour-un-nouveau-bloc-historique.over-blog.com/2019/10/avante.html) la stratégie de pression sur la social-démocratie, a évité le sectarisme des uns et la social-démocratisation des autres. Mais la question de l'alternative, envisageable à l’échelle de la vie des citoyens, ou tout au moins la perspective d'une alternative est également absente. Pour un Parti communiste ne pas offrir un débouché politique aux luttes des travailleurs et du peuple aboutit inexorablement à l’affaiblissement, à l'effritement voire à la disparition.

France.

La mutation revendiquée du PCF, après des zigzags, des phases eurocommunistes et sectaires, a transformé le Parti communiste en une organisation réformiste et européiste, tâchant de faire vivre son appareil et dont rien ne semble capable d'enrayer l'avenir groupusculaire. La chute de ses résultats électoraux (1967 : 5 millions de voix et 22,5% - et 80% de participation- , 1981 : 4 millions de voix et 16,5%, 1988 : 2,7 millions de voix et 11%, 2007 : 1,1 million de voix et 4,2%, 2012 : 615.000 voix et 2,7% - et 60% de participation-) est un indicateur éloquent de la perte d'influence du PCF. Son résultat aux dernières européennes ( 560.000 voix et 2,7% en considérant qu'il y a eu 50% d'abstention cela donne 1,35% du corps électoral ) confirme le processus de déliquescence du Parti. Sur le plan stratégique, une fois sorti de la guerre froide, le PCF a fait le choix de l'union de la gauche, enfermé dans le schéma du Front populaire, reproduit sans tenir compte des transformations de la social-démocratie, de la situation sociale, politique et idéologique. Les tentatives tardives, autour de 1978, d'éviter la marginalisation et la position hégémonique du PS furent si maladroites qu'elles furent contre-productives et provoquèrent une grave crise interne. Parallèlement à l'affaiblissement du PCF notons la montée de l'extrême-droite qui profite de l'éclipse de forces de gauche capables d'offrir une alternative crédible. Quant à la réaction du Parti communiste face à l'apparition de Jean-Luc Mélenchon, elle confirme l'incapacité d'une approche dialectique de phénomènes politiques nouveaux.

Une stratégie révolutionnaire à inventer.

Comme on le voit avec des situations historiques et des choix stratégiques très différents, ces trois partis se heurtent à l'absence de perspective stratégique capable de mobiliser les masses  et de répondre à leurs attentes. La question de la stratégie d'un parti révolutionnaire dans des pays capitalistes avancés est bien une question centrale et très complexe. En l'absence d'une réflexion collective sur cette question il est à craindre que les processus en cours depuis une bonne trentaine d'années se poursuivent.

Pour le "sens commun" il semble entendu que le communisme a désormais fait son temps. On ne le croit plus capable ni de susciter l’espérance des peuples, ni d’apporter des alternatives innovantes au capitalisme contemporain.  Bien entendu l'effondrement de l'URSS et du bloc socialiste, la criminalisation du  communisme, le reconnaissance par le PC Chinois, avec son "économie socialiste de marché", que seul le capitalisme est capable  de développer les forces productives, l'évolution du socialisme à Cuba, l'absence d'une composante révolutionnaire opératoire dans les mouvements progressistes d'Amérique Latine, pèsent sur la situation des partis communistes. Pourtant la validité des analyses marxistes, à condition qu'elles soient des guides pour l'action et non des dogmes, reste, nous semble-t-il, incontestable. Mais traduire et conjuguer cette validité en action, en organisation, en une idéologie capable de susciter une adhésion de masse, bref en une stratégie, est de façon très préoccupante hors de vue dans le moment historique actuel. Les conditions objectives d'une organisation plus rationnelle, plus juste, bref du communisme existent. Mais le facteur temps pour créer les facteurs subjectifs nous est compté quand les menaces de guerres et les dégâts du capitalisme sur les êtres humains et leur environnement deviennent si menaçants. Comme l'écrivait Antonio Gramsci "Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres."

 

Antoine Manessis

 

 

 

 

 

 

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